9m²

nuits blanches et solitude

18 mai 2009

World of Warcraft s'insinue dans mes rêves. Je dors un peu à n'importe quelle heure en ce moment, je me réveille, je me lève et joue quelques heures, je me recouche, et comme je me réveille souvent je me rappelle de beaucoup de rêves. Le rêve que j'ai en tête est déjà loin et effacé mais je me rappelle de ça : Il y avait un chat. J'étais avec je ne sais plus qui dans un endroit connu (j'ai du mal à avouer que mes parents figurent dans mes rêves), sans doute un lieu de vacances dans mon enfance. Il y avait ce chat à qui je faisais des cajoles. Plus tard on sortait avec des gens qui avaient aussi un animal de compagnie, et dans la forêt, on tuait des monstres. Et on s'est rendu compte que nos animaux de compagnie attaquaient aussi, et qu'ils étaient à plus de 1100 dps, c'est qui est beaucoup pour un « pet ». Mais plus tard ils sont rentrés à la maison ensemble, parce qu'on leur donnait pas assez à manger.

Un autre rêve, qui commençait par un rêve que j'ai souvent fait par le passé. Je suis sur la route, sur une autoroute, et je sais pas où aller, y'a des panneaux partout, ca va vite et il faut choisir vite où on va, mais je choisis pas assez vite alors je prends les directions au hasard et je suis perdu. Quand j'apprenais à conduire j'étais angoissé d'aller sur les autoroute, mais j'ai rapidement fini par comprendre qu'il suffisait de suivre les panneaux pour pas se perdre, et qu'on pouvait toujours revenir en arrière en prenant une sortie plus loin si on avait raté une direction. Après ce début de rêve, j'étais dans un bus, ou un car. Dans ce car il y avait un gars du collège. Je sais pas pourquoi mais j'ai souvent rêvé de ce gars dans des rôles négatifs, soit ridicules, soit méchants, soit paumé, alors que je le connaissais casiment pas. Il avait un flingue et il devait tuer à bout portant un autre gars assis pas loin. Ensuite le chauffeur devait s'interposer alors il devait le tuer aussi et s'enfuir. On roule, le gars est assis à la première place devant à gauche, moi à la place juste derrière, et le gars à tuer juste à côté à droite. Il y a beaucoup d'autres passagers sur les places derrière. Il y a un brouhaha, tout le monde parle. Il y a une grand mère que j'entends parler de son petit fils à une dame à côté. A un moment il y a un silence et on entend plus parler que la grand mère qui vante son petit fils, de sorte que tout le monde entends la conversation. Le petit fils est assis pas loin et je le vois soupirer et lever les yeux. Comme il se rend compte que tout le monde écoute, il se lève et dans un geste charmant il dit « Oui voilà c'est moi ». Tout le monde rit. De ma place j'observe discrètement les regards de chacun (comme en vrai quand je suis dans le bus ou ailleurs) (dans le rêve je suis sensé me retourner pour pouvoir faire ça, mais j'arrange beaucoup de choses et c'est comme si mon siège pouvait tourner on va dire...), toujours les regards de ceux qu'on est pas sensé regarder à un moment donné, par exemple à ce moment précis je regardais un à un les gens qui riaient, et pas le petit fils ni la grand mère, parce que je connaissais déjà ce que leur regard disait, ce que je ne connais pas encore, c'est le regard de chacun vis à vis d'une telle situation, et on apprend beaucoup de choses en faisant ça. Il y avait de la bonne humeur. Alors que tout le monde était occupé à vivre, devant moi le gars tend son flingue vers sa victime qui ne voit rien. Je vis la scène avec un réalisme incroyable, je veux vivre cette scène, comme une mise à l'épreuve. Ce gars a un flingue et il peut tuer, comment faire pour rester en vie ? J'entends sa peur, j'entends ce qu'il se dit dans sa tête, il panique. Il se dit « Allez je le bute » « Le chauffeur il va s'interposer. Hé ba je le bute en premier ! » Il se lève, tout le monde le voit, il pointe son flingue vers le torse du chauffeur et il tire. Le coup de feu est étourdissant, pas comme dans les films de flingue où on entend un pétard, un vrai coup de feu. La violence de l'arme à feu qu'on a banalisé à force d'en voir à la télé, là c'est réel et c'est une vraie explosion. Cri de panique dans le bus. Le chauffeur s'effondre sans bruit sur son volant et aussitôt le bus tourne violemment dans tous les sens. On prend un trottoir, on monte sur l'herbe, on redescend, on percute tout un tas de chose. Au gré des secousses, le cadavre du chauffeur appuie plus ou moins sur l'accélérateur, on ralentit, on accélère. Le gars au flingue panique totalement, il s'accroche. Mon cœur bat à toute vitesse, comment survivre ? Réagir vite, être lucide. Comment sortir ? La porte battante est fermée, aucun moyen de l'ouvrir moi même et de sauter. Le gars au flingue est en panique si je me lève et fait quelque chose il va me buter, j'aurais peut-être pas le temps de choper son flingue, dans ces moments là on ne contrôle vraiment rien, alors mieux vaut ne rien tenter d'inconscient. La tête du gars ne dit plus rien, il ne sait plus quoi faire, le scénario ne trouve pas la suite. Je me réveille. Je me suis réveillé à ce moment ne trouvant pas la suite à ce qui allait se passer, et comme c'était réel il ne pouvait pas y avoir de pause ni de retour en arrière. J'ai vraiment vécu ce rêve dans ma tête, et je semblais vouloir le réel absolu, même si le fait que le gars tue d'abord le chauffeur était incohérent, c'est la caractéristique du rêve. Mais l'adrénaline était là. J'ai souvent pensé dans mes moment de rage folle il y a quelques années, comment je réagirais dans tel ou tel affrontement, dans une bagarre, dans un meurtre voire dans un massacre. Je voulais savoir comme ça se passerait vraiment, oublier complètement ces conneries de films d'horreur où tout est faux, et savoir comment serait la vraie horreur. Et le résultat était évidemment pitoyable, panique, folie. Des fois j'en sortais vivant, des fois non. Ou plutôt, quand j'en sortais pas vivant, j'essayais de revenir en arrière pour trouver le bon geste, mémoriser ces gestes au cas où ça arriverait un jour. Ce processus durait longtemps, car le soucis de vraisemblance est difficile à mettre en place, le plus dur était de prévoir les réactions des autres. Et quand ça avait duré assez longtemps, je me sentais calmé. Au plus haut de ma rage adolescente, quand je rentrais du lycée et qu'il n'y avait encore personne dans la maison, je montais en furie dans ma chambre, je prenais mon matelas et le plaquais contre le mur, et je frappais dedans, jusqu'à être épuisé. Quand je pouvais pas faire ça, je me faisais ces films sanglants dans ma tête, je le fais encore des fois. Il y a des gens qui pratiques leur catharsis dans les mots, ou dans la musique. J'aurais aimé pouvoir faire ça, avec un bon gros groupe de métal hardcore. A défaut j'en écoutais très fort dans les oreilles, j'avais un de ces vieux walkman pas encore bridé qu'on pouvait mettre extrêmement fort, j'expérimentais jusqu'à quel point je pouvais le mettre fort en marchant dans la rue, et finalement je le mettais au maximum. J'en ai même été un peu diminué je crois, j'entends moins bien. Des fois quand on me parle je comprends pas et je dois faire répéter, c'est quand même assez léger, mais parfois chiant dans les rapports sociaux (quoi que ça me gêne plus trop maintenant).

Tout à l'heure quand j'étais en train de m'endormir j'ai cru faire un autre cauchemar, mais c'en était pas un. J'entendais des voix en bas, j'entendais mon père rire. Je l'avais pas entendu rire depuis des années, il rit aux blagues débiles des quinquagénaires, aux sketchs de Bigard ou de Laurent Gerra, mais il ne m'a jamais sourit. Alors l'entendre rire, ça me rend fou. Là j'entendais une voix inconnue, un accent bien havrais et bien moche, ma mère parlais de pansement, ça devait être un gars de l'école d'à côté qui coupait les arbres et qui avait du se faire un bobo. Mes parents jouaient le couple accueillant, quelle hypocrisie. J'imaginais le gars en train de demander « vous avez des enfants ? » Oui un fils qui se séquestre là haut, et qui dort d'ailleurs en ce moment. D'après ma mère, je vais bien, avant j'allais pas bien, mais maintenant je vais bien. Elle disait ça à ma tante, qui en me voyant une fois tous les trois mois est bien plus lucide que ma mère et sait comment je vais. C'est plus simple comme ça, que ma mère ne voit rien, plutôt qu'elle ne comprenne rien. C'est plus simple pour moi.

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11 mai 2009

Je sors du lit. En me levant, j'ai ressenti une peur incontrôlée, comme s'il allait arriver un monstre ou un événement horrible, à cause du cauchemar que je venais de faire et auquel j'étais en train de penser sous la couette. Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ce cauchemar aujourd'hui, je me suis justement endormi avec un pensée tranquille dont je parlerai après. Je me souviens m'être réveillé il y a peut-être 30mn ayant très soif, j'ai bu à la bouteille d'eau près de mon lit, je me suis retourné et rendormis aussitôt, c'est là que j'ai fait ce rêve : Je suis dans mon lit. Je tombe volontairement du lit avec ma couette, sur le plancher faisant un grand bruit, je vis ce choc et je fais monter en moi une vague immense, une déferlante d'angoisse, ça grandit, ça grandit, je roule contre ma table de nuit pour faire tomber une espère de grande bouteille en plastique vide qui fait beaucoup de bruit en tombant, et je pousse une couinement grandissant, puis un cri en agrippant cette bouteille. La chambre de mes parents est à côté, je sais que tout ce bruit et cette vague d'angoisse est destiné à les réveiller, j'entends la vague d'angoisse qui monte pour ma mère aussi, elle se met à gueuler sur mon père, sors de la chambre et déambule dans le couloir, rentre et sors de ma chambre en gueulant. Puis je me recouche. Quelques minutes plus tard ça recommence, je retombe du lit, et je fais la même chose avec la bouteille, une nouvelle vague m'envahit, et la répétition de ce vacarme est encore plus inacceptable, c'est peut-être à cette 2eme fois que j'entends que ma mère devient vraiment folle et entre et sors de ma chambre. Dans le rêve je fais tout ça inconsciemment tout en dormant, c'est une sorte de cauchemar dans le cauchemar. Ce que je ressens n'est ni une souffrance, ni une colère, mais un flot d'angoisse et de peur, une peur de cauchemar, comme on ne peut en ressentir dans la réalité qu'en l'ayant vécu. Après ces 2 vagues, c'est le matin, toujours dans le rêve. J'ouvre un peu les yeux dans un demi sommeil, je suis trempé de sueur. Je ressens à nouveau l'envie de tomber du lit, alors je tombe et une nouvelle vague commence à monter en moi. Je ne crie pas mais je contracte tous mes muscles en tremblant de tétanie (ça se dit ?). Toujours dans le rêve je ressens cette angoisse incroyable et me rappelle que je viens de vivre ce rêve déjà 2 fois en dormant et qu'il se répète alors que je suis éveillé. Je me rappelle que j'ai provoqué des crises chez ma mère, et j'entends qu'elle s'est à nouveau levé. La vague s'arrête mais je reste en état de choc, j'entends ma mère passer dans le couloir et je l'appelle. Elle entre et je lui demande si je l'ai réveillé cette nuit, elle regarde par la fenêtre en me répondant « ho oui » avec une grimace douloureuse. J'allais entamer une suite à ce rêve mais je me suis vraiment réveillé, dans mon lit, en sueur et en respirant très vite. Je prends pas mal de temps à me remettre, en me demandant dans les premières secondes si tout n'était vraiment qu'un rêve, en me confirmant d'abord qu'il n'existait pas d'énorme bouteille vide (qui ne ressemblait pas du tout à ma bouteille d'eau) à côté de mon lit, puis que je n'étais pas tombé de mon lit, par contre les vagues d'angoisses je les avais très certainement ressenti en rêvant, car mon corps restait fébrile, et je sais pas pourquoi mais je savais que je l'avais ressenti. S'il y avait eu un caméra qui m'avait filmé en dormant je me serait vu dans un drôle d'état. Puis j'entends ma mère qui se lève calmement, je ne peux m'empêcher de penser qu'elle va rentrer et me dire que je suis tombé du lit et que j'ai fait plein de bruit cette nuit mais je me raisonne et elle descend les marches de l'escalier comme d'habitude. Ca faisait très longtemps que j'avais pas fait ce genre de cauchemar à ce point angoissant, la dernière fois c'était il y a plusieurs années, c'était assez court mais très intense. En fait je faisait un rêve, tout à fait banal, je crois même que je rêvais que j'étais Clad... et je voyais Aeris tout ça... Je sais plus vraiment ce qu'il se passait, mais tout à coup, sans que ça ait aucun rapport ni aucune raison, j'ai ressenti une peur inimaginable, une peur tellement puissante que ça m'a réveillé instantanément dans un sursaut et dans un cri, un vrai cri cette fois ci, je me suis à moitié redressé dans mon lit en hurlant puis en mordant dans ma couette sans pouvoir desserrer les dents pendant presque une minute. Je n'arrivais pas à comprendre ce qui c'était passé, je regardais droit devant moi complètement choqué sans pouvoir bouger, en essayant peu à peu de me demander pour quelle raison je suis sorti de ce rêve qui n'avait rien à voir dans un tel sursaut. Je pense que ça à un rapport avec mon enfance où ma chambre était situé à côté de la salle où mes parents regardaient la télé. J'allais me coucher assez tôt, je m'endormais en entendant la télé qui était collé à un des murs de ma chambre. C'était une vieille télé à tubes cathodiques, et quand mes parents allaient se coucher, je dormais déjà, ils éteignaient la télé qui faisait un grand bruit, une sorte de petite explosion avec à l'écran ce petit flash lumineux qui s'aplatit et disparaît dans un point au milieu de l'écran. Souvent ce grand bruit me réveillait en sursaut et parfois en ayant très peur et en me demandant ce qu'il venait de se passer, et j'avais mis longtemps avant de me rendre compte que c'était le bruit de la télé qui me réveillait.

Bref voilà, maintenant que j'ai écrit tout ça j'en suis enfin sorti, je suis bien réveillé. J'avais parlé d'une pensée tranquille. Avant hier ma tante, mon oncle, ma cousine, un cousin et ma grand mère sont venus manger le midi et le soir pour mon anniversaire. J'avais pris un rythme décalé de 12h et je me suis retrouvé à m'endormir tout le temps à table au repas du soir. Ma tante de 60 ans s'est mise à WoW depuis que je suis allé chez eux il y a quelques semaines. Elle m'a montré sa trollesse chasseresse lvl 9 et je lui ai donné pas mal de conseils et d'explications. Je lui ai fait écouter pas mal de musiques et montré des vidéos. A table mon père est bien caché par ma mère qui est entre nous deux. Absolument tout contact est évité, mais de toute façon mon père ne parle quasiment jamais, et moi je parle peu quand il est dans le secteur. Même quand mon père servait le vin, c'est ma mère qui me demandait si j'en voulait et faisait passer mon verre. C'est comme si c'était entendu comme ça. Comme toujours, je le raconte parce que ça fait longtemps que je l'ai pas dit mais ça n'a plus grand intérêt : il y avait tout sorte de conversations, sur la famille, sur Sarkozy, sur les grèves, de l'ironie, de l'humour, et ma mère dans tout ça prenait un mot et tentait une blague maladroite, tout le monde est habitué et essaie d'éviter d'écouter, et la personne qui est plus ou moins prise au piège de son regard fait un petit rire poli et repart discrètement à une autre conversation. C'est comme ça que ça marche. Ma tante m'a donné un peu d'argent dans un petit manège un peu gênant, mais dont j'essayais de ne pas me préoccuper. En fait elle voulait que je tombe sur son enveloppe ou je sais pas quoi, et ça s'est mal goupillé comme on dit et elle faisait des signes super discrets à ma mère pour je ne sais quelle manœuvre. Finalement elle me l'a glissé en blaguant sous la bannette à pain sur la table en me faisant glisser la bannette. Je ne suis plus vraiment incommodé par ces habitudes de famille un peu ridicules, ces conventions « normales » comme souffler les bougies du gâteau. Quand j'ai soufflé les bougies je sentais la présence de mon père qui devait regarder en coin, mais tant pis j'ai essayé de ne plus être l'introverti complexé et gêné par sa situation, et c'était presque une marque de dédain envers lui que d'être naturel, de faire ce que j'avais à faire, et en étant moi-même, c'est à dire en en faisant assez peu, sans artifices, avec les mots justes et concis. Quand tout le monde est parti j'étais en demi sommeil, j'ai discrètement fini une bouteille de vin rouge et suis directement allé me coucher pour essayer de recadrer un rythme diurne. J'ai passé un lendemain difficile à résister contre le sommeil et en ayant peu dormi.

Tout ceci étant dit ce n'est toujours pas le sujet de ma pensée tranquille, puisque cela fait 4 ou 5 jours que j'ai ça en tête. Comme en témoignent des articles noirs et une déprime continue depuis des années, pour ne pas dire depuis toujours, ou au moins depuis l'adolescence, je suis un angoissé. Ou plutôt je crois, un gêné. J'essaie de réfléchir à ça mais il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas, et qu'il faudrait sûrement un jour faire analyser par quelqu'un de plus compétent : je suis un gêné. Qu'est-ce que ça veut dire ? gêné par rapport à qui ? j'ai souvent l'impression que c'est par rapport à tout le monde. C'est la gêne qui est la cause majeure de mon mal-être, je crois. Je ne sais pas ce qui dans mon éducation ou ma vie a causé ça. Je ne peux supporter de me retrouver dans une situation, où je suis, ou même quelqu'un d'autre, la cause d'une gêne envers quelqu'un. Le exemples sont innombrables, tellement nombreux qu'il m'est difficile d'en trouver des bons. Les exemples les plus parlants pourraient être ceux qui me sont arrivés il y a quelque temps, quand je me suis inscrit à l'anpe. On m'a donné un rendez-vous avec une conseillère pour mon inscription. Je suis allez à ce rendez-vous, tôt le matin, les mains dans les poches et la tête vide. On me fit patienter devant une télé qui vantait les services de l'anpe dans une suite de schémas simplistes avec une douce voix off bienfaisante. A côté tout un tas de gens patientait pour diverses affaires administratives obscures et apparemment conflictuelles puisque personne n'était content. Tout le monde semblait stressé et mal à l'aise, les secrétaires courraient partout car il y avait beaucoup de monde. Un gentil monsieur arriva et me dirigea vers le bureau d'une conseillère. J'entrai dans le bureau et la conseillère me sembla accueillante et agréable. Je crois en avoir déjà parlé. Son sourire se dégrada assez rapidement quand je lui expliquais ma formation actuelle et le fait que je ne cherchais rien en particulier, un travail, n'importe quoi, un paumé quoi. Elle n'était alors plus souriante mais grave, elle m'expliquait que je ne trouverai sans doute pas grand chose, j'ai vu son haussement de sourcil quand je lui ait dit que j'avais arrêté la fac avec seulement un bac sti en poche. J'avais l'impression que ça la désolait de voir des gens comme moi, et au delà du fait d'avoir de la peine d'être considéré comme une merde, je ressentais de la gêne envers elle, et c'est ce sentiment qui me dérangeait le plus. Comme j'ai dit, la gêne m'insupporte quand j'en suis la cause, mais même quand une autre personne en est la cause. Par exemple un peu plus tard : après m'avoir inscrit et fait comprendre que je n'avais pas d'avenir, la conseillère m'a quand même proposé un rendez-vous pour une réunion de technique en recherche d'emploi (comme disait je sais plus quel humoriste, en France on peut quand même devenir technicien en recherche d'emploi). J'y suis allé deux semaines plus tard. J'arrive dans les locaux de l'anpe dans une grande salle de réunion, plusieurs personnes sont déjà là, tous les niveaux de la société sont représentés : un femme d'âge mûr un peu embourgeoisée, un gars blanc de mon âge, un gars noir habillé en survet', deux nanas à l'air un peu simplet et apparemment sœurs (ou peut-être pas), un femme un peu bizarre, obèse et l'air renfrogné (désolé pour les descriptions malhabiles). Je m'assois à une place libre, à côté de la dame bizarre. Quelques minutes après « l'animatrice » arrive et se présente. Elle a l'air fort sympathique, le genre de personne évidemment sociable ouverte et humaine pour ce genre de travail. Elle nous donne des livrets à lire avec des questions à répondre. Elle passe voir chacun pour les aider et les conseiller. La dame a côté de moi ne se sent visiblement pas très bien, souvent elle maugrée, soupire, et parfois se met à dire à voix haute et assez fort des trucs du genre «  hooo mais je perds mes cheveux » avec dans la voix une légère panique ou angoisse. L'animatrice essaie de répondre calmement les premières fois qu'elle ne peut rien y faire. Ensuite après plusieurs interventions de ce genre l'animatrice se mit à dire que ça ne nous concernait pas, d'une façon un peu moins plaisante. Tout le monde regardait la dame bizarre, et certains souriaient voire riaient méchamment, du moins naïvement, c'est à dire cruellement. Au bout de la quatrième fois les deux sœurs benêts (apparemment y'a pas de féminin à benêt ?) se mirent à avoir un fou rire tout à fait déplacé. Les tables étaient placées en U et elles étaient assisent en face mais la regardaient en coin tout en ricanant. La dame les entendait bien et disait à mi voix « J'ai toujours l'impression de déranger quelqu'un c'est toujours comme ça ». La situation était totalement insupportable, je bouillais intérieurement, j'avais envie d'aller mettre deux claques au gamines et de partir en lançant une belle phrase. Le gars de mon âge qui étaient assis à côté d'elle se mit lui aussi de la partie en lui disant avec un sourire de pitié que c'est pas notre affaire et qu'on est ici pour travailler, qu'on peut rien faire pour elle. Tout le monde la regardait en coin avec insistance. Je me suis vraiment retenu pour ne pas exploser. J'attendais que l'animatrice fasse preuve d'un peu d'humanisme pour faire taire les deux pintades qui riaient ouvertement, mais au contraire ça avait l'air de l'amuser aussi. Comme toujours je n'ai rien fait, rien dit, et si j'avais fait quelque chose dans une telle situation j'aurais été paralysé par ma colère et ça n'aurait été rien d'héroïque et aurait plutôt ressemblé à une fuite pathétique. Je n'ai ni répartie ni maîtrise de mes émotions pour une telle chose. Ce qui m'a rendu en colère ce jour là c'était d'une part l'injustice et la méchanceté ouverte de ces gens lorsqu'ils se sont mis à se moquer, mais avant ça, lorsque personne ne bronchait et que la dame maugréait des choses bizarres, on pouvait sentir cette gêne présente dans toute la salle, les gens n'osant pas regarder et se demandant ce qu'avait cette personne. Ce sentiment que les choses ne vont pas comme elles devraient...

Nous y sommes, et c'est la définition de la gêne : le fait que les choses ne vont pas comme elles devraient. C'est curieux que ça me pose tant de problèmes car je ne suis pas partisan de la normalité, quelle qu'elle soit, mais pourtant je suis souvent gêné, et gêné par la gêne des autres. C'est d'ailleurs le plus souvent par celle des autres. Car à vrai dire ça ne m'arrive pas si souvent d'en être la cause, je suis discret, je ne m'implique pas dans grand chose, le plus souvent j'observe et je constate dans nombres d'occasions des situations ou les gens sont gênés, et ça me gêne moi-même. Même des gens que je ne connais pas, dans la rue, dans un magasin, c'est ça qui est incroyable. Je n'arrive pas vraiment à l'expliquer. Toujours est-il que ce problème explique largement mon mal-être chez moi, puisque « j'habite chez mon père ». J'habite sous le toit et aux frais de mon père, qui va travailler chaque matin. J'habite en intrus dans une maison, je squatte. Voilà la situation. N'ayant absolument aucun rapport familial avec lui, je suis réellement un intrus qui n'as finalement aucune raison de vivre et même ne pas vivre sous le toit de quelqu'un d'autre, d'aller pêcher dans le frigo des trucs que je remonte dans ma chambre pour manger discrètement, de ne sortir que la nuit pour ne croiser personne, de ne pas faire de bruit pour me faire oublier. Evidemment, c'est une gêne permanente et constante, et la pire qui soit. On me l'a assez répété et je le sais, l'unique solution, la plus évidente, c'est la fuite, c'est la liberté et l'autonomie. Seule mon incapacité à la volonté m'handicape, l'incapacité d'agir seul par et pour moi-même. Je n'ai jamais eu une mauvaise estime de moi, pourtant mon avenir m'importe peu, ma situation me laisse indifférent, après tout ça ne m'empêche pas d'être moi-même, et dire et penser ce que je veux, même s'il n'y a pas grand monde pour m'entendre.

Pour en venir enfin à la pensée tranquille qui m'a soulagé ces derniers temps, je crois que je finis par me faire une raison vis à vis justement de cette situation familiale. Mon père est un bon tocard, son attitude depuis que je suis ado est clairement inacceptable, alors je commence à me libérer peu à peu de ma gêne de vivre à ses dépens en me disant que cette situation c'est lui qui l'a créé, et que je n'ai pas à m'en sentir coupable. Alors je l'emmerde, et quand je vais piocher dans le frigo je bouffe son argent volontairement, voilà une gêne de moins. Ensuite j'ai fait un autre constat. Je suis seul, très seul, ce n'est pas facile, mais j'ai trouvé le seul avantage à cette situation. J'ai aussi un gros problème de responsabilité, je connais une lectrice qui se reconnaîtra dans ce problème, celui d'avoir eu une mère qui a toujours tout fait sa place, et qui aujourd'hui se retrouve désemparé face aux démarches et aux responsabilités de la vie. Cela est également mon cas, et plus généralement même faces aux gens. Mais je suis seul donc je n'ai de lien fort avec personne. Je n'ai pas de copine, pas d'enfant évidemment, pas d'ami vraiment proche, des liens familiaux volontairement très faibles. Je n'ai donc de responsabilité envers personne. Quoi que je décide, quoi que je fasse, je ne gêne personne. Je vis devant ce pc et je ne dérange personne, peu de gens savent que j'existe, que je suis là, tout petit, et cette pensée me rassure. Bien sûr cette solitude n'est pas bienfaisante, et elle ne sera sans doute pas éternelle, de par la nécessité de gagner de l'argent un jour, de travailler, même si ce mot me fait paniquer. Mais depuis un moment et pour un moment encore je suis seul et je ferai aussi bien de profiter de cet avantage.

Posté par Clad76 à 10:23 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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