9m²

nuits blanches et solitude

18 juin 2009

Lors de l'entretien, le boulot de la psychologue était de savoir si je n'étais pas un touriste pas sérieux qui allait mettre à mal la réputation du centre de formation, si je n'allais pas leur faire perdre leur temps et leur argent. Savoir si j'étais responsable et citoyen, si j'étais un monsieur-tout-le-monde travailleur et honnête.

Je crois que les dépressifs qui acceptent de se prendre en main, de consulter et de prendre un traitement, je crois que ceux là ont accepté d'avoir une vie ratée. Ils acceptent d'être les malades de la société et s'arment pour supporter leur quotidien jusqu'à leur mort. J'ai pas encore accepté ça, et jveux toujours croire qu'une autre vie est possible (non pas un autre monde).

Ca faisait de nouveau quelques temps que j'avais pas eu de contact humain. J'ai joué mon rôle de jeune homme sérieux devant les gens de bureau. Je me suis concentré. J'ai expliqué mon parcours, les raisons de ma présence, j'ai donné mon dossier d'inscription. En tant que jeune homme sérieux, on m'a fait de beaux exposés, sur les formations, les cours, les anecdotes. Finalement ça marchait plutôt bien, cette mascarade. Je me concentrais toujours, pour chasser les pensées sarcastiques. Après tout le quinquagénaire en cravate n'était pas méchant, c'est un type normal, un type responsable qui avait visiblement choisi cette vie. Il m'a présenté un autre quinquagénaire, qui m'a donné d'autres détails, m'a promis de me rappeler pour me présenter encore un autre quinquagénaire pour me présenter une autre formation. J'essayais de paraître intéressé, et relancer la conversation avec trois bons mots placés au bon moment. L'entretien avec la psychologue qui devait m'attribuer un avis favorable ou défavorable n'a évidemment pas été aussi simple. Lorsqu'on a affaire à un minimum d'intelligence. J'ai eu du mal à justifier mes très nombreuses absences de mon dossier scolaire du lycée. En premier lieu j'ai joué la carte du « j'étais jeune et fou à l'époque, aujourd'hui je sais que c'est plus pareil », ce qui l'a à moitié convaincue. J'ai perdu du terrain lorsqu'elle ma demandé si mes résultats satisfaisants justifiaient toute ces absences, si en somme le fait d'avoir de bonnes notes me donnait le droit de pas travailler et venir en cours. Je pouvais pas encore rentrer dans les détails, mais à la fin de l'entretien les questions étaient plus personnelles. « Et que pensaient vos parents de ces absences ? » J'ai commencé à lui répondre honnêtement : Ils n'avaient aucune autorité, ou ils ne savaient pas. « Pour ce projet de formation, avez-vous des proches pour vous soutenir ? » Non. Non pas de proches. La famille ? Je la vois pas souvent non. Non je n'ai pas vraiment de contact avec mes parents. Ben c'est à dire jsuis plutôt du genre solitaire (quelle blague). « Mais c'est depuis toujours comme ça avec vos parents, vous vivez chez eux actuellement c'est bien ça ? ». Ca commençait à mal tourner, j'avais un nœud dans la gorge, et je perdais le contrôle. Je profitais des courts instants ou elle baissait la tête sur sa feuille pour lever la tête vers le plafond, respirer un grand coup silencieusement, avaler, cligner des yeux, faire une grimace, et me reprendre. Oui ça a toujours été comme ça. « Et c'est peut-être une des raisons de vos nombreuses absences ? » Oui, entre autres. J'essayais de ne pas être dramatique, je ne répondais pas froidement, je souriais un peu, j'avais affaire avec quelqu'un d'intelligent alors j'en profitais. Pour autant j'étais très mal à l'aise. Je n'arrive pas à décider si je dois tirer honte ou fierté de ce genre d'échange. Je suis passé très près d'un point de non retour, ses questions devenaient trop personnelles, et à force de devoir répondre à ces questions sur mes parents je perdais de plus en plus le contrôle, une question de plus et j'éclatais, mais elle s'est arrêtée. Elle s'est mise à écrire longuement des notes dans la dernière grande case en bas de sa feuille, elle a du sortir de la case et écrire jusqu'aux derniers centimètres du bas de la feuille pour finir sa phrase.  Je l'ai visiblement touchée, elle me dit « Bon vous m'avez convaincue... il va falloir ne pas me décevoir alors. ». Ai-je gagné ?

J'ai tenté cette opportunité, je sais à peine ce qu'il y a derrière, puisque de toute façon ça ne me plait pas. Ce que j'ai gagné c'est la confiance temporaire d'une poignée de quinquagénaires.

Il y a environ 95% de chances que je me mette à terme à prendre des médocs pour accepter cette future vie, et 5% pour que je parte dans un pays scandinave, dans un désert, ou dans l'espace (à 0,0043%) et que je finisse ma vie dans un univers qui me plaise, à vendre des pommes sur un marché ou jouer d'un instrument dans une rue piétonne. J'ai encore un peu de temps, pas beaucoup.

Je dois « trouver une entreprise qui pourra accueillir ma formation en alternance ». Je dois vraiment faire ça ? Appeler des entreprises, me faire passer pour quelqu'un et implorer une place ? Dans quelle galère jme suis mis. Je vais devoir le faire je pense. Plus absent et automatisé que jamais je suppose. Je sais pas combien de temps j'ai. Je vais chaque jour repousser au lendemain, jusqu'à ce qu'un élan détraqué me pousse à chercher pendant un jour et arrêter le lendemain.

Je regarde la télé, j'écoute la radio. Sur la religion, sur le monde, sur tout. Je pense beaucoup, mais ce que je pense finis toujours dans un trou noir. Finalement je n'ai d'avis sur rien, parce que mon principal mot d'ordre est qu'on est sûr de rien, ou alors de peu de choses. Le peu de choses désignant les raisonnements sur ce dont on connait précisément et entièrement les hypothèses, comme les maths ou les jeux dont on établis soit même les règles. Pour tout le reste rien n'est sûr parce que les règles nous dépassent. Je n'arrive pas à m'en tenir à ma petite vie lorsque je pense à un problème simple, ainsi quand je me demande ce que je devrais faire, j'arrive rapidement dans le trou noir, ne pouvant savoir pour quelle raison je devrais faire telle ou telle chose. Pour une raison morale ? Religieuse ? Pour un intérêt personnel ? Ces questions métaphysiques n'ont pas de réponses, et je ne peux rien décider dont je soit réellement convaincu. Souvent je me dis que ma seule chance de pas devenir fou est d'essayer de raisonner comme tout le monde, avant de me dire que devenir fou est une voie comme une autre, et finalement j'arrête de penser, et je lance le jeu. Le jeu virtuel symbolise pour moi le retour à la réalité dégoûtante et désagréable, c'est assez drôle. Je comprends les gens qui finissent par croire en Dieu, même s'ils ne s'en rendent pas compte, c'est justement pour cette raison : pour enfin trouver des raisons. Non ça n'a rien de nouveau évidemment. Je suis fatigué.

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02 juin 2009

Je plane dans les premières vagues de chaud. Je reste prudent à mon allergie, j'ouvre les fenêtres que la nuit ou le matin pour pas éternuer sans arrêt. Jsuis dans un cocon.

Ma tante fait des apparitions régulières. Il y a 2 ou 3 semaines elle est venue manger avec mon cousin et mon parrain, c'est devenue une petite habitude. Quand on s'est retrouvé seuls pour parler de wow, on a parlé brièvement de la famille. Elle a reconnu que mon père, quand je suis né, s'était « retrouvé devant le fait accompli ». Bien sûr ça m'a toujours paru évident, mais je pouvais encore douter des fois qu'il était juste nul, complètement incompétent pour en être à ce point, mais maintenant quelqu'un de la famille a pu me le confirmer, il n'y a plus de doute possible. Il y a une semaine, voulant pas galérer à table avec mes parents désespérément ennuyeux et ma grand mère insupportable, ma tante et mon cousin m'ont appelé pour aller manger un sandwich. Ca faisait un bout de temps que j'avais pas pris l'air, j'étais éblouis par la lumière. L'extérieur m'est de plus en plus inconfortable, c'est un fait, je n'aime pas la rue, les centre commerciaux m'étouffent, les gens m'écrasent. Je suis aussi de plus en plus silencieux, et de plus en plus attentif. Je n'ai pas beaucoup parlé, mais j'écoutais activement. Les gens qui me connaissent semble l'accepter sans croire que je suis distant, je ne suis pas distant. Je ne suis pas plus satisfait d'être seul que d'être entouré de gens avec qui je m'ennuie, ça m'est égal, ce jour là je m'ennuyais un peu, j'avais déjà entendu à peu près tout de ce qui s'est dit, alors tant mieux si ça leur a fait plaisir que je soit là.

Plus le temps passe, plus je méprise world of warcraft, et plus j'y joue. Souvent je m'emporte contre des gens complètement immatures, sachant que ça n'y changera rien, et que c'est moi qui suis le plus pitoyable dans ces cas là, alors j'essaie de pas m'emporter. Mais subir la connerie passivement finit par s'insinuer sous la peau, rentrer insidieusement dans le cerveau et le ronger de l'intérieur, alors je fais quand même attention. En fait depuis très longtemps, je cherche à rentrer dans une « grosse guilde » de gens matures et majoritairement sympathiques, mais je n'ai pas eu de chance pour pas mal de raisons, problèmes d'effectifs entre autres. Tout le monde dans cette guilde finit par me connaître et savoir que je suis un bon joueur, et tout le monde souhaiterait que je finisse par les rejoindre. Ainsi depuis quelques semaines il était prévu que je soit enfin intégré. Sachant ça j'avais très envie d'être enfin dans cette guilde tant que je jouais, et quand je jouais pas j'avais juste envie de cracher sur ce jeu débile. Aujourd'hui j'apprends que la guilde va disband (être dissoute) car le gm (le maître de guilde) et beaucoup de membres ont décidés d'arrêter de jouer. Les joueurs restants se retrouvent les bras ballant car c'était l'une des 2 meilleure guilde du serveurs en compétition et ne souhaitent pas se retrouver dans une petite guilde qui n'arrivera à rien. Personnellement je trouve ça plutôt drôle, jm'en sens presque libéré, ça ne changera pas grand chose pour moi, je continuerai à rager sur les attardés mentaux de ce serveur et à perdre mon temps.

Oui attardé mental n'est pas exagéré, d'ailleurs j'ai même une anecdote, même plusieurs. Il y a quelques jours je me suis retrouvé dans un raid de 25 personnes pour aller tuer des gros méchants de 25 mètres de haut. C'était un raid « pick up » c'est à dire avec des gens pris au hasard, sans guilde, ce genre de raid est en général pas performant du tout car on se retrouve avec un peu n'importe qui. Pour l'organisation du raid tout le monde doit aller sur « team speak » un logiciel grâce auquel on peut communiquer avec tout le monde avec un micro. Evidemment sur un raid de 25 personnes, si tout le monde parle c'est le bordel, donc normalement juste le chef de raid doit parler, ou les autres si c'est pour dire quelque chose d'utile. Ce soir là on est tombé sur un fou. Il était déjà réputé pour être débile, mais les réputations sur ce jeu on sait ce que ça veut dire, on sait jamais si elles sont avérées ou pas, bref. Au début du raid le gars parlait un peu pour rien dire, ce qui était assez agaçant, mais pas très grave. Au bout d'un moment le chef de raid lui a gentillement dit d'arrêter un peu de parler. Evidemment ca n'a servi à rien et le gars à continué à parler et parler, cette fois le chef de raid lui a demandé de ce taire parce qu'il soulait. Le gars a dit « ok c'est bon ca va ba je déco de ts ». Quelques secondes plus tard une personne avec un autre pseudo se connectait sur team speak, et sur le canal de raid sur le jeu, donc par écrit, le gars disait qu'il écoutait de la musique maintenant, donc en faisant croire que ce n'était pas lui qui s'était aussitôt reconnecté avec un faux nom sur team speak... Quelques minutes plus tard le gars recommençait à dire de la merde et à faire des bruits d'animaux et de gueuler sur les gens quand quelque chose n'allait pas. Beaucoup n'avaient pas compris que c'était la même personne, car sur 25 personnes on s'y perd facilement. Le pire c'est que pendant les explications écrites ou parlées sur une stratégie pas évidente il embrouillait tout le monde en disant le contraire de ce qui avait été dit, et par écrit il disait « mais c'est qui ce gars qui dit n'importe quoi sur team speak » pour embrouiller encore plus. Voilà le type de personne qu'on peut rencontrer sur ce jeu, des gens qui prennent plaisir à pourrir un raid pendant toute une soirée. Ca m'a vite énervé et j'ai demandé qu'on le kick de ts et du raid, mais il continuait à dire que c'était pas lui sur le jeu etc. Il a fallu beaucoup de wipe (de morts sur un gros monstre à cause de lui) avant que le chef de raid finisse par comprendre que c'était lui, à ce stade l'ambiance était déjà complètement pourrie et ça gueulait de partout pour les gens se calment et que l'autre se taise. Il a finalement été kick du raid, l'ambiance est tout de suite redevenue plus calme, et il a fallu prendre du temps pour retrouver des gens motivés, car beaucoup étaient partis. Finalement lorsque l'effectif était enfin rétabli, on est retourné sur un gros monstre pas beau, et là 2 personnes arrivent sur team speak et font un affreux bruit de flute pour casser les oreilles de tout le monde, quand ce genre de truc arrive en plein combat il faut que le chef de raid réouvre rapidement la fenêtre de team speak pour kick les attardés, le temps de faire ça on était déjà tous morts. Cette anecdote est pas la première, tout le monde a déjà vécu ça en raid. C'est pour ça que des guildes se créent avec des gens de confiance pour avancer dans la bonne humeur. Mine de rien c'est vraiment intéressant de constater que la société sur un jeu ou passent des milliers de personnes ressemble évidemment à la société en général. Des gens qui profitent des autres, des gens qui essaient de lutter contre ceux qui profitent des autres, en vain, des gens matures et immatures, des chefs et des moutons, des psycopathes et des gens qui aiment pourrir les raid, flooder les canaux que tout le monde lit. Y'a des rumeurs, des conflits entre groupes de gens, des plaintes envers les autres ou envers le jeu. La seule chose qu'on ne verra jamais, c'est de la politique, même toute allusion à la réalité est rare. La seule allusion à la réalité est le fait que les gens aiment insulter ceux qui ont accomplit des exploits fastidieux en leur disant qu'ils ont pas de vie en dehors du jeu.

Je crois que ça me soûle ce parler de ce quotidien, je ferais bien d'arrêter.

Tout à l'heure, j'étais sur team speak avec mon ancienne gm Ayl. avec qui j'avais sympathisé et 3 autres personnes, c'est à ce moment que j'ai appris que ma future guilde allait disband. Soudain Ayl. s'est déconnecté en me disant qu'elle avait un gros problème. Un peu plus tard je reçois un appel sur mon portable. Elle était en train de pleurer et m'explique que ça se passe pas bien avec son copain, ils s'étaient engueulés. Ce genre de situation ne me dérange pas vraiment, jsuis assez content quand j'arrive à rassurer quelqu'un. Et puis... j'aime entendre les gens pleurer. Non pas que ce soit sadique (je crois pas), mais c'est un moment de vérité. Quelqu'un qui pleure est enfin honnête. Il suffit de pas grand chose pour rassurer, à 80% écouter, le reste en mots justes et en conseils bienveillants, et puis ca va mieux. « C'est ça la vie à deux » jlui ai dit, j'avais un sourire en coin en disant ça. Non jsuis pas heureux seul, mais je me demande à quel point une vie à deux pourrait être pire. Ils s'étaient engueulés pour une connerie évidemment, alors jlui disais « Mais quand ce sera passé il faut que t'essaie de parler avec ton copain, sinon vous allez encore vous engueuler pour la même chose la prochaine fois », et elle me disait que c'est pas possible de parler sérieusement avec lui. Les gens se parlent pas, et pire : n'écoutent pas quand on veut leur parler. Question de fierté souvent, ça peut se comprendre. Moi je ne parle qu'à moi, alors ma fierté n'entre pas en compte. J'en reviens à ça : je vis dans mon monde, je n'engage personne, alors il n'existe pas de conflit.

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18 mai 2009

World of Warcraft s'insinue dans mes rêves. Je dors un peu à n'importe quelle heure en ce moment, je me réveille, je me lève et joue quelques heures, je me recouche, et comme je me réveille souvent je me rappelle de beaucoup de rêves. Le rêve que j'ai en tête est déjà loin et effacé mais je me rappelle de ça : Il y avait un chat. J'étais avec je ne sais plus qui dans un endroit connu (j'ai du mal à avouer que mes parents figurent dans mes rêves), sans doute un lieu de vacances dans mon enfance. Il y avait ce chat à qui je faisais des cajoles. Plus tard on sortait avec des gens qui avaient aussi un animal de compagnie, et dans la forêt, on tuait des monstres. Et on s'est rendu compte que nos animaux de compagnie attaquaient aussi, et qu'ils étaient à plus de 1100 dps, c'est qui est beaucoup pour un « pet ». Mais plus tard ils sont rentrés à la maison ensemble, parce qu'on leur donnait pas assez à manger.

Un autre rêve, qui commençait par un rêve que j'ai souvent fait par le passé. Je suis sur la route, sur une autoroute, et je sais pas où aller, y'a des panneaux partout, ca va vite et il faut choisir vite où on va, mais je choisis pas assez vite alors je prends les directions au hasard et je suis perdu. Quand j'apprenais à conduire j'étais angoissé d'aller sur les autoroute, mais j'ai rapidement fini par comprendre qu'il suffisait de suivre les panneaux pour pas se perdre, et qu'on pouvait toujours revenir en arrière en prenant une sortie plus loin si on avait raté une direction. Après ce début de rêve, j'étais dans un bus, ou un car. Dans ce car il y avait un gars du collège. Je sais pas pourquoi mais j'ai souvent rêvé de ce gars dans des rôles négatifs, soit ridicules, soit méchants, soit paumé, alors que je le connaissais casiment pas. Il avait un flingue et il devait tuer à bout portant un autre gars assis pas loin. Ensuite le chauffeur devait s'interposer alors il devait le tuer aussi et s'enfuir. On roule, le gars est assis à la première place devant à gauche, moi à la place juste derrière, et le gars à tuer juste à côté à droite. Il y a beaucoup d'autres passagers sur les places derrière. Il y a un brouhaha, tout le monde parle. Il y a une grand mère que j'entends parler de son petit fils à une dame à côté. A un moment il y a un silence et on entend plus parler que la grand mère qui vante son petit fils, de sorte que tout le monde entends la conversation. Le petit fils est assis pas loin et je le vois soupirer et lever les yeux. Comme il se rend compte que tout le monde écoute, il se lève et dans un geste charmant il dit « Oui voilà c'est moi ». Tout le monde rit. De ma place j'observe discrètement les regards de chacun (comme en vrai quand je suis dans le bus ou ailleurs) (dans le rêve je suis sensé me retourner pour pouvoir faire ça, mais j'arrange beaucoup de choses et c'est comme si mon siège pouvait tourner on va dire...), toujours les regards de ceux qu'on est pas sensé regarder à un moment donné, par exemple à ce moment précis je regardais un à un les gens qui riaient, et pas le petit fils ni la grand mère, parce que je connaissais déjà ce que leur regard disait, ce que je ne connais pas encore, c'est le regard de chacun vis à vis d'une telle situation, et on apprend beaucoup de choses en faisant ça. Il y avait de la bonne humeur. Alors que tout le monde était occupé à vivre, devant moi le gars tend son flingue vers sa victime qui ne voit rien. Je vis la scène avec un réalisme incroyable, je veux vivre cette scène, comme une mise à l'épreuve. Ce gars a un flingue et il peut tuer, comment faire pour rester en vie ? J'entends sa peur, j'entends ce qu'il se dit dans sa tête, il panique. Il se dit « Allez je le bute » « Le chauffeur il va s'interposer. Hé ba je le bute en premier ! » Il se lève, tout le monde le voit, il pointe son flingue vers le torse du chauffeur et il tire. Le coup de feu est étourdissant, pas comme dans les films de flingue où on entend un pétard, un vrai coup de feu. La violence de l'arme à feu qu'on a banalisé à force d'en voir à la télé, là c'est réel et c'est une vraie explosion. Cri de panique dans le bus. Le chauffeur s'effondre sans bruit sur son volant et aussitôt le bus tourne violemment dans tous les sens. On prend un trottoir, on monte sur l'herbe, on redescend, on percute tout un tas de chose. Au gré des secousses, le cadavre du chauffeur appuie plus ou moins sur l'accélérateur, on ralentit, on accélère. Le gars au flingue panique totalement, il s'accroche. Mon cœur bat à toute vitesse, comment survivre ? Réagir vite, être lucide. Comment sortir ? La porte battante est fermée, aucun moyen de l'ouvrir moi même et de sauter. Le gars au flingue est en panique si je me lève et fait quelque chose il va me buter, j'aurais peut-être pas le temps de choper son flingue, dans ces moments là on ne contrôle vraiment rien, alors mieux vaut ne rien tenter d'inconscient. La tête du gars ne dit plus rien, il ne sait plus quoi faire, le scénario ne trouve pas la suite. Je me réveille. Je me suis réveillé à ce moment ne trouvant pas la suite à ce qui allait se passer, et comme c'était réel il ne pouvait pas y avoir de pause ni de retour en arrière. J'ai vraiment vécu ce rêve dans ma tête, et je semblais vouloir le réel absolu, même si le fait que le gars tue d'abord le chauffeur était incohérent, c'est la caractéristique du rêve. Mais l'adrénaline était là. J'ai souvent pensé dans mes moment de rage folle il y a quelques années, comment je réagirais dans tel ou tel affrontement, dans une bagarre, dans un meurtre voire dans un massacre. Je voulais savoir comme ça se passerait vraiment, oublier complètement ces conneries de films d'horreur où tout est faux, et savoir comment serait la vraie horreur. Et le résultat était évidemment pitoyable, panique, folie. Des fois j'en sortais vivant, des fois non. Ou plutôt, quand j'en sortais pas vivant, j'essayais de revenir en arrière pour trouver le bon geste, mémoriser ces gestes au cas où ça arriverait un jour. Ce processus durait longtemps, car le soucis de vraisemblance est difficile à mettre en place, le plus dur était de prévoir les réactions des autres. Et quand ça avait duré assez longtemps, je me sentais calmé. Au plus haut de ma rage adolescente, quand je rentrais du lycée et qu'il n'y avait encore personne dans la maison, je montais en furie dans ma chambre, je prenais mon matelas et le plaquais contre le mur, et je frappais dedans, jusqu'à être épuisé. Quand je pouvais pas faire ça, je me faisais ces films sanglants dans ma tête, je le fais encore des fois. Il y a des gens qui pratiques leur catharsis dans les mots, ou dans la musique. J'aurais aimé pouvoir faire ça, avec un bon gros groupe de métal hardcore. A défaut j'en écoutais très fort dans les oreilles, j'avais un de ces vieux walkman pas encore bridé qu'on pouvait mettre extrêmement fort, j'expérimentais jusqu'à quel point je pouvais le mettre fort en marchant dans la rue, et finalement je le mettais au maximum. J'en ai même été un peu diminué je crois, j'entends moins bien. Des fois quand on me parle je comprends pas et je dois faire répéter, c'est quand même assez léger, mais parfois chiant dans les rapports sociaux (quoi que ça me gêne plus trop maintenant).

Tout à l'heure quand j'étais en train de m'endormir j'ai cru faire un autre cauchemar, mais c'en était pas un. J'entendais des voix en bas, j'entendais mon père rire. Je l'avais pas entendu rire depuis des années, il rit aux blagues débiles des quinquagénaires, aux sketchs de Bigard ou de Laurent Gerra, mais il ne m'a jamais sourit. Alors l'entendre rire, ça me rend fou. Là j'entendais une voix inconnue, un accent bien havrais et bien moche, ma mère parlais de pansement, ça devait être un gars de l'école d'à côté qui coupait les arbres et qui avait du se faire un bobo. Mes parents jouaient le couple accueillant, quelle hypocrisie. J'imaginais le gars en train de demander « vous avez des enfants ? » Oui un fils qui se séquestre là haut, et qui dort d'ailleurs en ce moment. D'après ma mère, je vais bien, avant j'allais pas bien, mais maintenant je vais bien. Elle disait ça à ma tante, qui en me voyant une fois tous les trois mois est bien plus lucide que ma mère et sait comment je vais. C'est plus simple comme ça, que ma mère ne voit rien, plutôt qu'elle ne comprenne rien. C'est plus simple pour moi.

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11 mai 2009

Je sors du lit. En me levant, j'ai ressenti une peur incontrôlée, comme s'il allait arriver un monstre ou un événement horrible, à cause du cauchemar que je venais de faire et auquel j'étais en train de penser sous la couette. Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ce cauchemar aujourd'hui, je me suis justement endormi avec un pensée tranquille dont je parlerai après. Je me souviens m'être réveillé il y a peut-être 30mn ayant très soif, j'ai bu à la bouteille d'eau près de mon lit, je me suis retourné et rendormis aussitôt, c'est là que j'ai fait ce rêve : Je suis dans mon lit. Je tombe volontairement du lit avec ma couette, sur le plancher faisant un grand bruit, je vis ce choc et je fais monter en moi une vague immense, une déferlante d'angoisse, ça grandit, ça grandit, je roule contre ma table de nuit pour faire tomber une espère de grande bouteille en plastique vide qui fait beaucoup de bruit en tombant, et je pousse une couinement grandissant, puis un cri en agrippant cette bouteille. La chambre de mes parents est à côté, je sais que tout ce bruit et cette vague d'angoisse est destiné à les réveiller, j'entends la vague d'angoisse qui monte pour ma mère aussi, elle se met à gueuler sur mon père, sors de la chambre et déambule dans le couloir, rentre et sors de ma chambre en gueulant. Puis je me recouche. Quelques minutes plus tard ça recommence, je retombe du lit, et je fais la même chose avec la bouteille, une nouvelle vague m'envahit, et la répétition de ce vacarme est encore plus inacceptable, c'est peut-être à cette 2eme fois que j'entends que ma mère devient vraiment folle et entre et sors de ma chambre. Dans le rêve je fais tout ça inconsciemment tout en dormant, c'est une sorte de cauchemar dans le cauchemar. Ce que je ressens n'est ni une souffrance, ni une colère, mais un flot d'angoisse et de peur, une peur de cauchemar, comme on ne peut en ressentir dans la réalité qu'en l'ayant vécu. Après ces 2 vagues, c'est le matin, toujours dans le rêve. J'ouvre un peu les yeux dans un demi sommeil, je suis trempé de sueur. Je ressens à nouveau l'envie de tomber du lit, alors je tombe et une nouvelle vague commence à monter en moi. Je ne crie pas mais je contracte tous mes muscles en tremblant de tétanie (ça se dit ?). Toujours dans le rêve je ressens cette angoisse incroyable et me rappelle que je viens de vivre ce rêve déjà 2 fois en dormant et qu'il se répète alors que je suis éveillé. Je me rappelle que j'ai provoqué des crises chez ma mère, et j'entends qu'elle s'est à nouveau levé. La vague s'arrête mais je reste en état de choc, j'entends ma mère passer dans le couloir et je l'appelle. Elle entre et je lui demande si je l'ai réveillé cette nuit, elle regarde par la fenêtre en me répondant « ho oui » avec une grimace douloureuse. J'allais entamer une suite à ce rêve mais je me suis vraiment réveillé, dans mon lit, en sueur et en respirant très vite. Je prends pas mal de temps à me remettre, en me demandant dans les premières secondes si tout n'était vraiment qu'un rêve, en me confirmant d'abord qu'il n'existait pas d'énorme bouteille vide (qui ne ressemblait pas du tout à ma bouteille d'eau) à côté de mon lit, puis que je n'étais pas tombé de mon lit, par contre les vagues d'angoisses je les avais très certainement ressenti en rêvant, car mon corps restait fébrile, et je sais pas pourquoi mais je savais que je l'avais ressenti. S'il y avait eu un caméra qui m'avait filmé en dormant je me serait vu dans un drôle d'état. Puis j'entends ma mère qui se lève calmement, je ne peux m'empêcher de penser qu'elle va rentrer et me dire que je suis tombé du lit et que j'ai fait plein de bruit cette nuit mais je me raisonne et elle descend les marches de l'escalier comme d'habitude. Ca faisait très longtemps que j'avais pas fait ce genre de cauchemar à ce point angoissant, la dernière fois c'était il y a plusieurs années, c'était assez court mais très intense. En fait je faisait un rêve, tout à fait banal, je crois même que je rêvais que j'étais Clad... et je voyais Aeris tout ça... Je sais plus vraiment ce qu'il se passait, mais tout à coup, sans que ça ait aucun rapport ni aucune raison, j'ai ressenti une peur inimaginable, une peur tellement puissante que ça m'a réveillé instantanément dans un sursaut et dans un cri, un vrai cri cette fois ci, je me suis à moitié redressé dans mon lit en hurlant puis en mordant dans ma couette sans pouvoir desserrer les dents pendant presque une minute. Je n'arrivais pas à comprendre ce qui c'était passé, je regardais droit devant moi complètement choqué sans pouvoir bouger, en essayant peu à peu de me demander pour quelle raison je suis sorti de ce rêve qui n'avait rien à voir dans un tel sursaut. Je pense que ça à un rapport avec mon enfance où ma chambre était situé à côté de la salle où mes parents regardaient la télé. J'allais me coucher assez tôt, je m'endormais en entendant la télé qui était collé à un des murs de ma chambre. C'était une vieille télé à tubes cathodiques, et quand mes parents allaient se coucher, je dormais déjà, ils éteignaient la télé qui faisait un grand bruit, une sorte de petite explosion avec à l'écran ce petit flash lumineux qui s'aplatit et disparaît dans un point au milieu de l'écran. Souvent ce grand bruit me réveillait en sursaut et parfois en ayant très peur et en me demandant ce qu'il venait de se passer, et j'avais mis longtemps avant de me rendre compte que c'était le bruit de la télé qui me réveillait.

Bref voilà, maintenant que j'ai écrit tout ça j'en suis enfin sorti, je suis bien réveillé. J'avais parlé d'une pensée tranquille. Avant hier ma tante, mon oncle, ma cousine, un cousin et ma grand mère sont venus manger le midi et le soir pour mon anniversaire. J'avais pris un rythme décalé de 12h et je me suis retrouvé à m'endormir tout le temps à table au repas du soir. Ma tante de 60 ans s'est mise à WoW depuis que je suis allé chez eux il y a quelques semaines. Elle m'a montré sa trollesse chasseresse lvl 9 et je lui ai donné pas mal de conseils et d'explications. Je lui ai fait écouter pas mal de musiques et montré des vidéos. A table mon père est bien caché par ma mère qui est entre nous deux. Absolument tout contact est évité, mais de toute façon mon père ne parle quasiment jamais, et moi je parle peu quand il est dans le secteur. Même quand mon père servait le vin, c'est ma mère qui me demandait si j'en voulait et faisait passer mon verre. C'est comme si c'était entendu comme ça. Comme toujours, je le raconte parce que ça fait longtemps que je l'ai pas dit mais ça n'a plus grand intérêt : il y avait tout sorte de conversations, sur la famille, sur Sarkozy, sur les grèves, de l'ironie, de l'humour, et ma mère dans tout ça prenait un mot et tentait une blague maladroite, tout le monde est habitué et essaie d'éviter d'écouter, et la personne qui est plus ou moins prise au piège de son regard fait un petit rire poli et repart discrètement à une autre conversation. C'est comme ça que ça marche. Ma tante m'a donné un peu d'argent dans un petit manège un peu gênant, mais dont j'essayais de ne pas me préoccuper. En fait elle voulait que je tombe sur son enveloppe ou je sais pas quoi, et ça s'est mal goupillé comme on dit et elle faisait des signes super discrets à ma mère pour je ne sais quelle manœuvre. Finalement elle me l'a glissé en blaguant sous la bannette à pain sur la table en me faisant glisser la bannette. Je ne suis plus vraiment incommodé par ces habitudes de famille un peu ridicules, ces conventions « normales » comme souffler les bougies du gâteau. Quand j'ai soufflé les bougies je sentais la présence de mon père qui devait regarder en coin, mais tant pis j'ai essayé de ne plus être l'introverti complexé et gêné par sa situation, et c'était presque une marque de dédain envers lui que d'être naturel, de faire ce que j'avais à faire, et en étant moi-même, c'est à dire en en faisant assez peu, sans artifices, avec les mots justes et concis. Quand tout le monde est parti j'étais en demi sommeil, j'ai discrètement fini une bouteille de vin rouge et suis directement allé me coucher pour essayer de recadrer un rythme diurne. J'ai passé un lendemain difficile à résister contre le sommeil et en ayant peu dormi.

Tout ceci étant dit ce n'est toujours pas le sujet de ma pensée tranquille, puisque cela fait 4 ou 5 jours que j'ai ça en tête. Comme en témoignent des articles noirs et une déprime continue depuis des années, pour ne pas dire depuis toujours, ou au moins depuis l'adolescence, je suis un angoissé. Ou plutôt je crois, un gêné. J'essaie de réfléchir à ça mais il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas, et qu'il faudrait sûrement un jour faire analyser par quelqu'un de plus compétent : je suis un gêné. Qu'est-ce que ça veut dire ? gêné par rapport à qui ? j'ai souvent l'impression que c'est par rapport à tout le monde. C'est la gêne qui est la cause majeure de mon mal-être, je crois. Je ne sais pas ce qui dans mon éducation ou ma vie a causé ça. Je ne peux supporter de me retrouver dans une situation, où je suis, ou même quelqu'un d'autre, la cause d'une gêne envers quelqu'un. Le exemples sont innombrables, tellement nombreux qu'il m'est difficile d'en trouver des bons. Les exemples les plus parlants pourraient être ceux qui me sont arrivés il y a quelque temps, quand je me suis inscrit à l'anpe. On m'a donné un rendez-vous avec une conseillère pour mon inscription. Je suis allez à ce rendez-vous, tôt le matin, les mains dans les poches et la tête vide. On me fit patienter devant une télé qui vantait les services de l'anpe dans une suite de schémas simplistes avec une douce voix off bienfaisante. A côté tout un tas de gens patientait pour diverses affaires administratives obscures et apparemment conflictuelles puisque personne n'était content. Tout le monde semblait stressé et mal à l'aise, les secrétaires courraient partout car il y avait beaucoup de monde. Un gentil monsieur arriva et me dirigea vers le bureau d'une conseillère. J'entrai dans le bureau et la conseillère me sembla accueillante et agréable. Je crois en avoir déjà parlé. Son sourire se dégrada assez rapidement quand je lui expliquais ma formation actuelle et le fait que je ne cherchais rien en particulier, un travail, n'importe quoi, un paumé quoi. Elle n'était alors plus souriante mais grave, elle m'expliquait que je ne trouverai sans doute pas grand chose, j'ai vu son haussement de sourcil quand je lui ait dit que j'avais arrêté la fac avec seulement un bac sti en poche. J'avais l'impression que ça la désolait de voir des gens comme moi, et au delà du fait d'avoir de la peine d'être considéré comme une merde, je ressentais de la gêne envers elle, et c'est ce sentiment qui me dérangeait le plus. Comme j'ai dit, la gêne m'insupporte quand j'en suis la cause, mais même quand une autre personne en est la cause. Par exemple un peu plus tard : après m'avoir inscrit et fait comprendre que je n'avais pas d'avenir, la conseillère m'a quand même proposé un rendez-vous pour une réunion de technique en recherche d'emploi (comme disait je sais plus quel humoriste, en France on peut quand même devenir technicien en recherche d'emploi). J'y suis allé deux semaines plus tard. J'arrive dans les locaux de l'anpe dans une grande salle de réunion, plusieurs personnes sont déjà là, tous les niveaux de la société sont représentés : un femme d'âge mûr un peu embourgeoisée, un gars blanc de mon âge, un gars noir habillé en survet', deux nanas à l'air un peu simplet et apparemment sœurs (ou peut-être pas), un femme un peu bizarre, obèse et l'air renfrogné (désolé pour les descriptions malhabiles). Je m'assois à une place libre, à côté de la dame bizarre. Quelques minutes après « l'animatrice » arrive et se présente. Elle a l'air fort sympathique, le genre de personne évidemment sociable ouverte et humaine pour ce genre de travail. Elle nous donne des livrets à lire avec des questions à répondre. Elle passe voir chacun pour les aider et les conseiller. La dame a côté de moi ne se sent visiblement pas très bien, souvent elle maugrée, soupire, et parfois se met à dire à voix haute et assez fort des trucs du genre «  hooo mais je perds mes cheveux » avec dans la voix une légère panique ou angoisse. L'animatrice essaie de répondre calmement les premières fois qu'elle ne peut rien y faire. Ensuite après plusieurs interventions de ce genre l'animatrice se mit à dire que ça ne nous concernait pas, d'une façon un peu moins plaisante. Tout le monde regardait la dame bizarre, et certains souriaient voire riaient méchamment, du moins naïvement, c'est à dire cruellement. Au bout de la quatrième fois les deux sœurs benêts (apparemment y'a pas de féminin à benêt ?) se mirent à avoir un fou rire tout à fait déplacé. Les tables étaient placées en U et elles étaient assisent en face mais la regardaient en coin tout en ricanant. La dame les entendait bien et disait à mi voix « J'ai toujours l'impression de déranger quelqu'un c'est toujours comme ça ». La situation était totalement insupportable, je bouillais intérieurement, j'avais envie d'aller mettre deux claques au gamines et de partir en lançant une belle phrase. Le gars de mon âge qui étaient assis à côté d'elle se mit lui aussi de la partie en lui disant avec un sourire de pitié que c'est pas notre affaire et qu'on est ici pour travailler, qu'on peut rien faire pour elle. Tout le monde la regardait en coin avec insistance. Je me suis vraiment retenu pour ne pas exploser. J'attendais que l'animatrice fasse preuve d'un peu d'humanisme pour faire taire les deux pintades qui riaient ouvertement, mais au contraire ça avait l'air de l'amuser aussi. Comme toujours je n'ai rien fait, rien dit, et si j'avais fait quelque chose dans une telle situation j'aurais été paralysé par ma colère et ça n'aurait été rien d'héroïque et aurait plutôt ressemblé à une fuite pathétique. Je n'ai ni répartie ni maîtrise de mes émotions pour une telle chose. Ce qui m'a rendu en colère ce jour là c'était d'une part l'injustice et la méchanceté ouverte de ces gens lorsqu'ils se sont mis à se moquer, mais avant ça, lorsque personne ne bronchait et que la dame maugréait des choses bizarres, on pouvait sentir cette gêne présente dans toute la salle, les gens n'osant pas regarder et se demandant ce qu'avait cette personne. Ce sentiment que les choses ne vont pas comme elles devraient...

Nous y sommes, et c'est la définition de la gêne : le fait que les choses ne vont pas comme elles devraient. C'est curieux que ça me pose tant de problèmes car je ne suis pas partisan de la normalité, quelle qu'elle soit, mais pourtant je suis souvent gêné, et gêné par la gêne des autres. C'est d'ailleurs le plus souvent par celle des autres. Car à vrai dire ça ne m'arrive pas si souvent d'en être la cause, je suis discret, je ne m'implique pas dans grand chose, le plus souvent j'observe et je constate dans nombres d'occasions des situations ou les gens sont gênés, et ça me gêne moi-même. Même des gens que je ne connais pas, dans la rue, dans un magasin, c'est ça qui est incroyable. Je n'arrive pas vraiment à l'expliquer. Toujours est-il que ce problème explique largement mon mal-être chez moi, puisque « j'habite chez mon père ». J'habite sous le toit et aux frais de mon père, qui va travailler chaque matin. J'habite en intrus dans une maison, je squatte. Voilà la situation. N'ayant absolument aucun rapport familial avec lui, je suis réellement un intrus qui n'as finalement aucune raison de vivre et même ne pas vivre sous le toit de quelqu'un d'autre, d'aller pêcher dans le frigo des trucs que je remonte dans ma chambre pour manger discrètement, de ne sortir que la nuit pour ne croiser personne, de ne pas faire de bruit pour me faire oublier. Evidemment, c'est une gêne permanente et constante, et la pire qui soit. On me l'a assez répété et je le sais, l'unique solution, la plus évidente, c'est la fuite, c'est la liberté et l'autonomie. Seule mon incapacité à la volonté m'handicape, l'incapacité d'agir seul par et pour moi-même. Je n'ai jamais eu une mauvaise estime de moi, pourtant mon avenir m'importe peu, ma situation me laisse indifférent, après tout ça ne m'empêche pas d'être moi-même, et dire et penser ce que je veux, même s'il n'y a pas grand monde pour m'entendre.

Pour en venir enfin à la pensée tranquille qui m'a soulagé ces derniers temps, je crois que je finis par me faire une raison vis à vis justement de cette situation familiale. Mon père est un bon tocard, son attitude depuis que je suis ado est clairement inacceptable, alors je commence à me libérer peu à peu de ma gêne de vivre à ses dépens en me disant que cette situation c'est lui qui l'a créé, et que je n'ai pas à m'en sentir coupable. Alors je l'emmerde, et quand je vais piocher dans le frigo je bouffe son argent volontairement, voilà une gêne de moins. Ensuite j'ai fait un autre constat. Je suis seul, très seul, ce n'est pas facile, mais j'ai trouvé le seul avantage à cette situation. J'ai aussi un gros problème de responsabilité, je connais une lectrice qui se reconnaîtra dans ce problème, celui d'avoir eu une mère qui a toujours tout fait sa place, et qui aujourd'hui se retrouve désemparé face aux démarches et aux responsabilités de la vie. Cela est également mon cas, et plus généralement même faces aux gens. Mais je suis seul donc je n'ai de lien fort avec personne. Je n'ai pas de copine, pas d'enfant évidemment, pas d'ami vraiment proche, des liens familiaux volontairement très faibles. Je n'ai donc de responsabilité envers personne. Quoi que je décide, quoi que je fasse, je ne gêne personne. Je vis devant ce pc et je ne dérange personne, peu de gens savent que j'existe, que je suis là, tout petit, et cette pensée me rassure. Bien sûr cette solitude n'est pas bienfaisante, et elle ne sera sans doute pas éternelle, de par la nécessité de gagner de l'argent un jour, de travailler, même si ce mot me fait paniquer. Mais depuis un moment et pour un moment encore je suis seul et je ferai aussi bien de profiter de cet avantage.

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23 avril 2009

Nouvelle semaine passée chez mes cousins.

C'était une semaine différente, j'étais moins déboussolé par le « retour aux racines familiales ». J'ai eu l'occasion de voir mon autre tante et d'autres gens. J'ai découvert quelques trucs, assisté à des scènes de vie, et lu un petit bouquin. Un récit de la vie d'un gosse qui est né dans l'ultra violence et qui a grandi dans un monde de haine, et qui, après avoir commencé une psychothérapie vers 25 ans s'est mis à raconter cette vie à l'auteur du livre. J'ai vécu une fois de plus dans un contexte différent, sans le malaise qui habite chez moi. Je me suis présenté tel que je suis à des gens qui me reconnaissent. Ces différents éléments ont agis sur moi, et à mon retour aujourd'hui c'est comme si ma vie et ma situation étaient justifiées. Au delà d'une simple confiance en moi, je ne me sens plus culpabilisé par ma situation, enfin un peu moins. Personne, et surtout pas mes parents, n'a jamais été là pour me dire que ce passage à vide n'était pas grave. Ca fait plus d'1 an maintenant que j'ai arrêté la fac, en janvier, et que je ne fais plus rien, ne sachant pas du tout où je vais, et j'avais peur, atrocement peur, avec ce sentiment d'être un intrus chez moi. Ne plus apparaître le jour, non seulement pour ne pas croiser ces parents repoussants, mais aussi pour me faire illusoirement oublier, ne pas faire de bruit la nuit en descendant les marches et ne pas laisser de traces dans la cuisine une fois que je remonte. Ne rien dépenser d'autre qu'un abonnement à WoW payé par les quelques sous accumulés lors des anniversaire, Noël ou autre billet glissé dans la main par la mamie quand je la vois à contre-cœur. Un jour j'ai du aller à un rendez-vous à la banque, et ma conseillère croyait que j'avais ouvert un compte dans une autre banque puisque je n'avais aucun dépôt ni aucun retrait depuis l'ouverture du mien, j'ai du lui expliquer que quand on ne gagne rien, on ne dépense rien. Depuis 1 an, je vis devant ce pc. Je n'arrive pas à lire, quand j'essaie, je me retrouve sur mon lit, avec un gros paquet de pages dans les mains, je commence à lire la première en essayant de me concentrer, et j'entends ce silence. Le silence du temps qui passe lentement, laborieusement. Le plaisir de lire passe par l'effort de la concentration, lire c'est gagner son temps, et moi j'ai envie de rester hors du temps. C'est pour ça que je fixe un écran, que je joue à un jeu sans but, j'aurais aussi bien pu boire ou me droguer. Cette semaine que j'ai passé ailleurs, comme la dernière fois, j'ai réussi à lire parce que je vivais, je gagnais mon temps, j'aurais aussi bien pu faire de la musique ou suivre un cours. Le récit du gamin violent m'a beaucoup touché, parce que beaucoup d'éléments m'ont renvoyé à ma propre enfance. Le déroulement, ou plutôt le déchaînement de son enfance est tout ce qu'il y a de plus logique, parents alcooliques et violents, famille éclatée, scolarité désastreuse, délinquance, incapacité à aimer, errance, violence, errance, violence, contre celle des autorités de toute sorte qui pensaient (y croyaient-elles vraiment ?) soigner le mal par le mal. Ma vie n'a heureusement pas été aussi extrême, mais la violence je l'ai connue. La folie d'un couple raté, les névroses de ma mère contre la puérilité de mon père, les cris contre les coups, les tentatives de suicide contre le silence glacé. Moi j'ai toujours vécu dans une maison, une cage à fou, mais avec un toit et une chambre à moi. Lui à l'âge de 15 ans vivait entre un foyer et la rue, il se droguait, volait, cognait, et aujourd'hui il est toujours vivant, il se soigne, il se construit. Non évidemment quand il était à la rue dans le néant, il ne croyait à aucun futur, ni même à un présent, mais finalement il est toujours là, il vit. Alors je me suis demandé ce que j'étais à côté de ça, et si j'avais à avoir peur de la situation dans laquelle je me trouve actuellement.

Je suis rentré et j'ai retrouvé ma solitude calme, qui me manquait et dont je sature déjà. Je ne sais pas ce qu'il me faut, j'ai jamais su. Quand je suis entouré, je suis heureux, un jour, deux jours, une semaine, mais après j'ai besoin de me retrouver seul, un besoin absolu sans quoi je dois fuir. Et quand je me retrouve seul, je me morfond, et j'ai envie de voir d'autres personnes que celles que je viens de fuir. Ca a toujours été comme ça, et il est vrai qu'il est difficile d'avoir de vrais amis dans ces conditions.

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23 mars 2009

Le temps s'écoule, forcément

 

(18:35) Clad : moi jviens de passer des test de recrutement pour ma formation

(18:35) Clad : et j'en ai encore mal à la tete

(18:35) Dilly Dally : bien passé?

(18:35) Dilly Dally : c'est quoi exactement?

(18:36) Clad : des test de logique, de maths simple, mais c'est chronométré et t'as pas le temps de tout faire, faut faire le plus possible

(18:36) Dilly Dally : ah dac

(18:36) Dilly Dally : tu penses avoir réussi?

(18:36) Clad : très moyennement

(18:36) Dilly Dally : ca doit faire bizarre de se retrouver projeté là

(18:36) Clad : les autres mecs qui étaient là avaient des têtes de matheux

(18:37) Dilly Dally : lol ca veut rien dire ms bon

(18:37) Clad : et le seul test que j'ai bien réussi était celui qui portait sur la langue française et l'orhtographe...

(18:37) Dilly Dally : c ptet ce qui fera ta différence

(18:37) Clad : peut etre

(18:38) Clad : ils étaient tout habillé en pull / veste noir gris

(18:38) Clad : comme moi

(18:38) Clad : le stéréotype du geek à la mode

(18:38) Dilly Dally : lool

(18:38) Clad : avec le jean

(18:38) Dilly Dally : bah dfacon malgré nous, on rentre tous ds des catégories vestimentaires quoi

(18:39) Clad : oui mais ça m'a frappé, sur 20 personne y'avait qu'1 type en chemise rouge

(18:39) Clad : tt le monde en noir quoi, enfin voilà j'ai revu le monde extérieur telle que j'avais l'habitude de le voir, et ça me réjouit pas

(18:40) Dilly Dally : tu fais partie du lot

(18:40) Clad : j'imaginais déjà les pauses entre les cours avec ces types complètement banals qui parleraient de windows et de configuration réseau

(18:41) Dilly Dally : tu t'en fous d'eux, c'est surtout pour avoir ton chez-toi et un boulot alimentaire +tard

(18:41) Clad : jm'en fous pas complètement puisque si je fais ça jles cotoierais tous les jours

(18:41) Clad : et ca va faire comme à la fac

(18:41) Dilly Dally : bah après ca dépend de ce que tu veux pour plus tard

(18:42) Clad : oui mal nécessaire jsais bien

 

(18:49) Clad : durant la semaine, ma tante et mes cousins m'ont réellement connu pour la première fois

(18:49) Clad : et chaque jour qui passait je constatait à quelle point jme sens normal et donc mieux quand je suis pas chez moi

(18:50) Dilly Dally : dc faut que tu trouves un moyen d'en partir, thats all

(18:51) Clad : oui


(18:52) Clad : jvais finir de raconter en vrac tout ce que j'ai pas envie d'écrire mais besoin de raconter quand même

(19:02) Clad : jme suis beaucoup impliqué dans une guilde sur wow, et tout le monde m'y aprécie (même souvent exagérément) et on avance bien en pve. en rentrant au havre on est passé voir un cousin qui a 40 ans et qui est à l'hopital psy après s'etre fait arreté par la police en état d'ivresse et ayant pas mal de problème, il est accroché a sa mère (ma grand mère) qui est pas en bonne santé, il est bourré de médicament, j'ai assisté à des discutions qui me concernaient pas mais qui m'intéressait beaucoup. ma tante et mes cousins m'ont découvert, comme d'habitude j'ai beaucoup observé et les connait un peu mieux aussi. J'ai lu La peste de Camus, et j'ai envie de lire un peu de temps en temps à l'avenir. Jsuis satisfait de la distance non agressive que j'ai avec ma famille. D'habitude et depuis toujours jme sens étranger dans ce monde, et bizarrement jme sentais agréablement familier chez ma tante, et ils étaient intelligent, et ça me confortait de découvrir des gens qui supportaient pas la pub à la télé, qui étaient bp de musique et qui parlaient de plein de choses.

 

Moins de haine, autant d'incertitude

Il y a quelques semaines, ma tante est donc venue me chercher au havre, et j'ai passé une semaine chez eux, avec mon cousin et ma cousine. Ces courtes périodes où je vis un peu sont rares. Paris, Grenoble, Rennes, les 2 semaines du premier stage du bafa, chez mes cousins. Je constate que ces périodes me réveillent un moment, je constate que c'est possible, qu'au fond je peux tout à fait vivre quand il faut. J'attends de nouveau.

En revenant de chez mes cousins il me restait 5 pages à lire de La Peste de Camus, j'essayais de finir le livre au moment du départ, mais arrivé dans la voiture j'aurais trop eu mal au coeur pour le finir en roulant. Alors arrivé chez moi je l'ai posé sur ma table de nuit. Je le finirai jamais parce que chez moi je ne lis pas.

J'ai toujours pas les résultat des tests que j'ai passé. Entre autres choses du même ordre, cette pensée m'angoisse un peu chaque jour. Je dois les appeler pour savoir. Je veux pas les réussir car je n'ai pas envie de faire cette formation dans cet univers ridicule et compétitif. Je veux les réussir pour ne pas en revenir à zéro.

J'ai pris l'habitude de la gêne permanente, l'habitude non assumée.

J'appelle rarement Coline pour aller droit au but et parler de ce que j'écris plus, je n'ose appeler personne d'autre par crainte de ne pas être entendu, ou d'être bloqué par la banalité d'usage. Je parle tout les jours avec mon micro à des gens sur world of warcraft que je finis par connaître, j'organise la vie de la guilde, je joue un rôle. J'avais perdu pendant longtemps l'exercice de la parole, c'est positif.

A l'anpe on m'a fait comprendre que je n'avais pas d'avenir, dans cette société.

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02 décembre 2008

1/12/08

Chaos total.
Différentes périodes se succèdent. Pendant 2 ou 3 jours je dors 70 à 80% de mon temps, puis je reste éveillé plus de 24h avant de redormir beaucoup. J'essaie diverses méthodes pour survivre mentalement : j'essaie de ne penser à rien, je me crée une bulle dans laquelle j'essaie de n'envisager le temps qu'au présent, la réalité comme un rêve. Soit je dors, soit je tente d'avoir des occupations abrutissantes pour continuer de ne pas penser. Dès qu'une occupation ne devient plus supportable, je change le plus vite possible. Les creux entre ces occupations sont les pires moments car je me mets à penser. Je n'ai aucune envie, j'en cherche sans arrêt "est-ce que j'ai envie de dormir ? est-ce que j'ai envie de jouer à ce jeu ? ou à celui là ? aller aux toilettes ? regarder un porno ? descendre manger quelque chose s'il n'y a personne en bas ?" trouver quelque chose pour échapper au vide. Je m'allonge sous la couette avec les pensées haineuses automatisées, ne pas trop y réfléchir, juste les faire passer. Des dixaines de scénarios sanglants pour défouler mon esprit, et après ça va mieux, après les avoir imaginé tout en détails, je n'y pense plus vraiment comme pouvant être réels, mais à vrai dire je préfèrerai qu'ils le soient, que quelque chose fasse tout changer. Je sais que cette situation est invivable à long terme, et qu'elle est aussi sans issue, mais le futur est une notion que je ne suis plus capable de concevoir ou d'accepter. Je sais qu'il y a toujours quelque chose qui finit par obliger un changement encore une fois difficile et douloureux, mais pour l'instant j'en peux plus de la douleur, alors je suis écrasé dans le présent, dans l'instant infiniment petit ou il n'y a rien à penser, juste à survivre de la façon la plus élémentaire. Ca durera le temps que ça doit durer, je ne pense plus.

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27/11/08

Le sommeil est le seul réconfort qu'il me reste

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18/09/08

Jrecommence à plus avoir envie dme coucher, une vieille habitude qui revient souvent, et je vais certainement bientôt retrouver ce rythme décalé de 12h

Jme suis retrouvé chez un gars que je vois pour la 2eme fois, avec un pote, pour faire de la guitare et basse, enfin à vrai dire pour faire le prof et essayer d'apprendre des trucs faciles à jouer. Au bout d'un moment le frère du gars est rentré. Et après une assiette de pâtes et un café, le gars à annoncé à son frère qu'il avait signé pour entrer dans la gendarmerie mobile, et qu'il partirai dans 3 mois. J'ai assisté au choc que cette annonce a produite. Jcrois que je connaissais personne de proche ayant un frère, jconnais des gars qui ont des soeurs, et souvent pas du même âge, mais personne ayant un frère du même âge, et j'ai trouvé ça dingue. On aurait dit deux potes, l'un triste d'apprendre soudainement que l'autre allait partir loin, et l'autre essayant de le consoler en disant que c'était rien, qu'il reviendrait régulièrement le voir. Jregardais les visages, les visages de ceux qui s'attendraient pas à ce qu'on les regarde à un instant donné, écoutant un autre parler, comme je fais toujours dans ces moments là. J'écoutais les histoires de familles, histoires fraternelles, histoires de coeurs, d'amitiés. Et dans ce genre de situation jme sens rassuré, d'écouter les histoires des gens, mais je suis pas un intru, je hoche de la tête, je pose les questions qu'il faut, pour en savoir plus, sans en savoir trop, et je donne rarement mon avis, je suis un spectateur attentif.

(Et quand au milieu d'un blanc les gens sentent qu'ils ont beaucoup parlé d'eux et se sentent naturellement obligés de me demander "et toi alors, qui es-tu ? que fais-tu ?" jme sens soudain troublé, et je réponds de façon brève et facile "en c'moment, je cherche du boulot" et j'essaie de ramener la discution sur autre chose. On pourrait croire que dans ces situations aussi je me livre trop facilement, et bien non, au contraire. Il faut d'abord que j'ai senti un petit plus chez quelqu'un, pour lui raconter tout, et même trop, sinon je suis l'homme mystère qui ne parle pas beaucoup mais écoute énormément.)

J'ai préféré cet instant de 30mn de vérité au reste de la soirée à jouer avec les morceaux de rock de noob. C'est dans ces moments là que jme sens à ma place. C'est une évidence depuis longtemps, mais c'est toujours un peu bizarre de le réaliser.

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17/09/08

Il faut l'étape suivante, il faut qu'elle arrive. Souvent jme retrouve comme ça, dans la salle de bain, à 3h du matin, éclairé seulement par la lumière jaune du lampadaire qui passe par la fenêtre, après m'être rempli un peu le ventre, à faire couler l'eau chaude, et puis à me mettre les mains sur les yeux, et puis penser, pendant longtemps. Ces instants ont un goût.
Tout mon corps s'anesthésie depuis tout ce temps, et je perds petit à petit le goût de chaque chose, mais des fois jle ressens à nouveau. Je sais qu'il est là, partout, il suffirait que jsois en mesure de le sentir. Ma vie pourrait être, ou devenir complètement différente, ça ne tient peut-être pas à grand chose. Jressens de loin la fureur de la musique et des rythmes, mon souvenir de scène, mes souvenirs de groupe. Jressens l'appel de l'ivresse, quand je vois Y,, sa mère et Ph,, je bois la vodka et à chaque fois jsuis ému de retrouver le bien être de ces moments de liberté. Avant de revenir.

Jserai jamais prêt pour changer cette vie, mais elle sera amené à changer, et ce sera sur un coup, de tête, de hasard. Comme ce jour où jsuis allé chercher du travail, parce que jme le suis fait faire promettre à quelqu'un à qui je donne de l'importance. Oui "jme le suis fait faire promettre", j'ai juste besoin que quelqu'un soit derrière moi pour me soutenir, même si c'est juste moral, et pas physique, alors j'ai dmandé à quelqu'un de me faire promettre que ce jour, je sortirai de chez moi pour aller à la boîte d'interim, à l'anpe, et comme j'avais promis, jl'ai fait. J'ai eu un entretien, mais pas de job, alors jdevrai réessayer autre chose, et ça se fera de la même façon. Jfinirai par trouver un truc, j'espère un job de merde dans une usine, un truc mécanique. J'adorerai faire ça, une tâche répétitive, qui ne demande aucune réflexion, jsuis capable de faire ce genre de truc pendant des heures des jours et des semaines, jsuis capable de jouer à ces jeux sur ordinateur, sur playstation, de faire toujours les mêmes action pour être le plus fort en fiction, le plus fort pour tuer le temps.

Je suis le champion de la solitude, une sorte de champion, mais non assumé bien sûr. J'ai toujours vécu "seul", toujours, et sans jamais l'assumer, alors, et maintenant ? jn'assume pas un style de vie qui est devenu mon habitude, la seule chose que je connaisse, et de laquelle j'aurai à l'évidence beaucoup de mal à sortir. Pourtant je fais pas mal de rêves qui me mettent en scène au milieu de gens, comme ces souvenirs de mon stage du bafa : pendant 2 semaines j'étais la personne la plus sociable qui soit parmi tous ces gens, et jcrois que tout le monde sans exception m'a apprécié pendant ce séjour, j'ai parlé à tout le monde, et discuté longtemps avec certains. Cette expérience du bafa, mes lointains souvenirs de colo. Mais comment savoir ce que serait une vraie vie dans ces conditions, pendant plusieurs années ? Et comment serait une vie avec une seule personne ? Jpeux pas savoir.

Quand il ne s'agit que de moi, je m'en fous, je m'en fous de moi, je ne me déteste pas, je ne m'adule pas, je suis pas fier, j'ai pas non plus de mauvaise estime de moi. Quand il s'agit des autres, quand j'engage les autres dans quoi que ce soit, je fais tout mon possible. Et faire son possible pendant 2 semaines, ce n'est évidemment pas un problème, mais quand il s'agira de faire mon possible dans une vie de couple, dans une vie en communauté, qu'est-ce qui se passera ? qu'est-ce qui se passera ?...

Jveux pas parler d'amour, parce que jrisquerais de rendre cette belle chose trop moche. Dangereuse dans le mauvais sens. J'en suis la proie comme chaque humain, et jpourrai sans doute pas y échapper, mais il faudra que je m'en méfie le plus possible. J'ai perdu le goût de beaucoup de choses, mais ça je n'y ai même jamais goûté, alors que c'est sans doute la force la plus puissante force qui soit. Et la voir arriver de loin me fait plus peur qu'envie, à tort et à raison.

Pour être bien, j'aurais besoin... d'équilibre. Comme on dit, un "déséquilibré" pour celui qui a connu des traumatismes, et qui en garde des séquelles jamais vraiment réparables. Je sais que je suis pas prêt d'atteindre un équilibre, car des traumatismes j'en ai beaucoup et trop de chocs m'attendent encore : des chocs dans mes habitudes, ma façon de vivre, mon quotidien, chocs sentimentaux, chocs humains. C'est une bombe à retardement, une vie compte-à-rebours. Je fais traîner, planer les choses, j'attends sans vraiment attendre, et ma seule façon de lutter contre ces chocs incontournables, c'est de faire avancer de petites choses sur un coup de tête. C'est comme ça que ça se passera, sans trop réfléchir. Et "on verra bien".

A vrai dire j'accorde pas trop d'importance à la réussite de ma vie, même aucune, et ça c'est juste ma façon de voir la vie. Mais j'ai peur de ce qui se passera, peur de pas supporter.

J'ai des désirs, et des besoins

Il m'arrive souvent, pendant des périodes plus ou moins longues, de tenter d'être capricieux, de plus tenir, de tout essayer, de sombrer dans la folie pour croire que ça changera quelque chose. En vérité tout c'que ça m'a apporté c'est de perdre ma dignité vis à vis de beaucoup de gens. Je suis encore là dans la même situation, et dans de rares instants, lorsque sur cette montagne russe je suis en haut d'une crête, jpeux constater que les miracles ne se produisent pas, et que seule mon endurance pourra changer, un jour, quelque chose.

Posté par Clad76 à 08:37 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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