18 juin 2009
Lors de l'entretien, le boulot de la psychologue était de savoir si je n'étais pas un touriste pas sérieux qui allait mettre à mal la réputation du centre de formation, si je n'allais pas leur faire perdre leur temps et leur argent. Savoir si j'étais responsable et citoyen, si j'étais un monsieur-tout-le-monde travailleur et honnête.
Je crois que les dépressifs qui acceptent de se prendre en main, de consulter et de prendre un traitement, je crois que ceux là ont accepté d'avoir une vie ratée. Ils acceptent d'être les malades de la société et s'arment pour supporter leur quotidien jusqu'à leur mort. J'ai pas encore accepté ça, et jveux toujours croire qu'une autre vie est possible (non pas un autre monde).
Ca faisait de nouveau quelques temps que j'avais pas eu de contact humain. J'ai joué mon rôle de jeune homme sérieux devant les gens de bureau. Je me suis concentré. J'ai expliqué mon parcours, les raisons de ma présence, j'ai donné mon dossier d'inscription. En tant que jeune homme sérieux, on m'a fait de beaux exposés, sur les formations, les cours, les anecdotes. Finalement ça marchait plutôt bien, cette mascarade. Je me concentrais toujours, pour chasser les pensées sarcastiques. Après tout le quinquagénaire en cravate n'était pas méchant, c'est un type normal, un type responsable qui avait visiblement choisi cette vie. Il m'a présenté un autre quinquagénaire, qui m'a donné d'autres détails, m'a promis de me rappeler pour me présenter encore un autre quinquagénaire pour me présenter une autre formation. J'essayais de paraître intéressé, et relancer la conversation avec trois bons mots placés au bon moment. L'entretien avec la psychologue qui devait m'attribuer un avis favorable ou défavorable n'a évidemment pas été aussi simple. Lorsqu'on a affaire à un minimum d'intelligence. J'ai eu du mal à justifier mes très nombreuses absences de mon dossier scolaire du lycée. En premier lieu j'ai joué la carte du « j'étais jeune et fou à l'époque, aujourd'hui je sais que c'est plus pareil », ce qui l'a à moitié convaincue. J'ai perdu du terrain lorsqu'elle ma demandé si mes résultats satisfaisants justifiaient toute ces absences, si en somme le fait d'avoir de bonnes notes me donnait le droit de pas travailler et venir en cours. Je pouvais pas encore rentrer dans les détails, mais à la fin de l'entretien les questions étaient plus personnelles. « Et que pensaient vos parents de ces absences ? » J'ai commencé à lui répondre honnêtement : Ils n'avaient aucune autorité, ou ils ne savaient pas. « Pour ce projet de formation, avez-vous des proches pour vous soutenir ? » Non. Non pas de proches. La famille ? Je la vois pas souvent non. Non je n'ai pas vraiment de contact avec mes parents. Ben c'est à dire jsuis plutôt du genre solitaire (quelle blague). « Mais c'est depuis toujours comme ça avec vos parents, vous vivez chez eux actuellement c'est bien ça ? ». Ca commençait à mal tourner, j'avais un nœud dans la gorge, et je perdais le contrôle. Je profitais des courts instants ou elle baissait la tête sur sa feuille pour lever la tête vers le plafond, respirer un grand coup silencieusement, avaler, cligner des yeux, faire une grimace, et me reprendre. Oui ça a toujours été comme ça. « Et c'est peut-être une des raisons de vos nombreuses absences ? » Oui, entre autres. J'essayais de ne pas être dramatique, je ne répondais pas froidement, je souriais un peu, j'avais affaire avec quelqu'un d'intelligent alors j'en profitais. Pour autant j'étais très mal à l'aise. Je n'arrive pas à décider si je dois tirer honte ou fierté de ce genre d'échange. Je suis passé très près d'un point de non retour, ses questions devenaient trop personnelles, et à force de devoir répondre à ces questions sur mes parents je perdais de plus en plus le contrôle, une question de plus et j'éclatais, mais elle s'est arrêtée. Elle s'est mise à écrire longuement des notes dans la dernière grande case en bas de sa feuille, elle a du sortir de la case et écrire jusqu'aux derniers centimètres du bas de la feuille pour finir sa phrase. Je l'ai visiblement touchée, elle me dit « Bon vous m'avez convaincue... il va falloir ne pas me décevoir alors. ». Ai-je gagné ?
J'ai tenté cette opportunité, je sais à peine ce qu'il y a derrière, puisque de toute façon ça ne me plait pas. Ce que j'ai gagné c'est la confiance temporaire d'une poignée de quinquagénaires.
Il y a environ 95% de chances que je me mette à terme à prendre des médocs pour accepter cette future vie, et 5% pour que je parte dans un pays scandinave, dans un désert, ou dans l'espace (à 0,0043%) et que je finisse ma vie dans un univers qui me plaise, à vendre des pommes sur un marché ou jouer d'un instrument dans une rue piétonne. J'ai encore un peu de temps, pas beaucoup.
Je dois « trouver une entreprise qui pourra accueillir ma formation en alternance ». Je dois vraiment faire ça ? Appeler des entreprises, me faire passer pour quelqu'un et implorer une place ? Dans quelle galère jme suis mis. Je vais devoir le faire je pense. Plus absent et automatisé que jamais je suppose. Je sais pas combien de temps j'ai. Je vais chaque jour repousser au lendemain, jusqu'à ce qu'un élan détraqué me pousse à chercher pendant un jour et arrêter le lendemain.
Je regarde la télé, j'écoute la radio. Sur la religion, sur le monde, sur tout. Je pense beaucoup, mais ce que je pense finis toujours dans un trou noir. Finalement je n'ai d'avis sur rien, parce que mon principal mot d'ordre est qu'on est sûr de rien, ou alors de peu de choses. Le peu de choses désignant les raisonnements sur ce dont on connait précisément et entièrement les hypothèses, comme les maths ou les jeux dont on établis soit même les règles. Pour tout le reste rien n'est sûr parce que les règles nous dépassent. Je n'arrive pas à m'en tenir à ma petite vie lorsque je pense à un problème simple, ainsi quand je me demande ce que je devrais faire, j'arrive rapidement dans le trou noir, ne pouvant savoir pour quelle raison je devrais faire telle ou telle chose. Pour une raison morale ? Religieuse ? Pour un intérêt personnel ? Ces questions métaphysiques n'ont pas de réponses, et je ne peux rien décider dont je soit réellement convaincu. Souvent je me dis que ma seule chance de pas devenir fou est d'essayer de raisonner comme tout le monde, avant de me dire que devenir fou est une voie comme une autre, et finalement j'arrête de penser, et je lance le jeu. Le jeu virtuel symbolise pour moi le retour à la réalité dégoûtante et désagréable, c'est assez drôle. Je comprends les gens qui finissent par croire en Dieu, même s'ils ne s'en rendent pas compte, c'est justement pour cette raison : pour enfin trouver des raisons. Non ça n'a rien de nouveau évidemment. Je suis fatigué.
02 juin 2009
Je plane dans les premières vagues de chaud. Je reste prudent à mon allergie, j'ouvre les fenêtres que la nuit ou le matin pour pas éternuer sans arrêt. Jsuis dans un cocon.
Ma tante fait des apparitions régulières. Il y a 2 ou 3 semaines elle est venue manger avec mon cousin et mon parrain, c'est devenue une petite habitude. Quand on s'est retrouvé seuls pour parler de wow, on a parlé brièvement de la famille. Elle a reconnu que mon père, quand je suis né, s'était « retrouvé devant le fait accompli ». Bien sûr ça m'a toujours paru évident, mais je pouvais encore douter des fois qu'il était juste nul, complètement incompétent pour en être à ce point, mais maintenant quelqu'un de la famille a pu me le confirmer, il n'y a plus de doute possible. Il y a une semaine, voulant pas galérer à table avec mes parents désespérément ennuyeux et ma grand mère insupportable, ma tante et mon cousin m'ont appelé pour aller manger un sandwich. Ca faisait un bout de temps que j'avais pas pris l'air, j'étais éblouis par la lumière. L'extérieur m'est de plus en plus inconfortable, c'est un fait, je n'aime pas la rue, les centre commerciaux m'étouffent, les gens m'écrasent. Je suis aussi de plus en plus silencieux, et de plus en plus attentif. Je n'ai pas beaucoup parlé, mais j'écoutais activement. Les gens qui me connaissent semble l'accepter sans croire que je suis distant, je ne suis pas distant. Je ne suis pas plus satisfait d'être seul que d'être entouré de gens avec qui je m'ennuie, ça m'est égal, ce jour là je m'ennuyais un peu, j'avais déjà entendu à peu près tout de ce qui s'est dit, alors tant mieux si ça leur a fait plaisir que je soit là.
Plus le temps passe, plus je méprise world of warcraft, et plus j'y joue. Souvent je m'emporte contre des gens complètement immatures, sachant que ça n'y changera rien, et que c'est moi qui suis le plus pitoyable dans ces cas là, alors j'essaie de pas m'emporter. Mais subir la connerie passivement finit par s'insinuer sous la peau, rentrer insidieusement dans le cerveau et le ronger de l'intérieur, alors je fais quand même attention. En fait depuis très longtemps, je cherche à rentrer dans une « grosse guilde » de gens matures et majoritairement sympathiques, mais je n'ai pas eu de chance pour pas mal de raisons, problèmes d'effectifs entre autres. Tout le monde dans cette guilde finit par me connaître et savoir que je suis un bon joueur, et tout le monde souhaiterait que je finisse par les rejoindre. Ainsi depuis quelques semaines il était prévu que je soit enfin intégré. Sachant ça j'avais très envie d'être enfin dans cette guilde tant que je jouais, et quand je jouais pas j'avais juste envie de cracher sur ce jeu débile. Aujourd'hui j'apprends que la guilde va disband (être dissoute) car le gm (le maître de guilde) et beaucoup de membres ont décidés d'arrêter de jouer. Les joueurs restants se retrouvent les bras ballant car c'était l'une des 2 meilleure guilde du serveurs en compétition et ne souhaitent pas se retrouver dans une petite guilde qui n'arrivera à rien. Personnellement je trouve ça plutôt drôle, jm'en sens presque libéré, ça ne changera pas grand chose pour moi, je continuerai à rager sur les attardés mentaux de ce serveur et à perdre mon temps.
Oui attardé mental n'est pas exagéré, d'ailleurs j'ai même une anecdote, même plusieurs. Il y a quelques jours je me suis retrouvé dans un raid de 25 personnes pour aller tuer des gros méchants de 25 mètres de haut. C'était un raid « pick up » c'est à dire avec des gens pris au hasard, sans guilde, ce genre de raid est en général pas performant du tout car on se retrouve avec un peu n'importe qui. Pour l'organisation du raid tout le monde doit aller sur « team speak » un logiciel grâce auquel on peut communiquer avec tout le monde avec un micro. Evidemment sur un raid de 25 personnes, si tout le monde parle c'est le bordel, donc normalement juste le chef de raid doit parler, ou les autres si c'est pour dire quelque chose d'utile. Ce soir là on est tombé sur un fou. Il était déjà réputé pour être débile, mais les réputations sur ce jeu on sait ce que ça veut dire, on sait jamais si elles sont avérées ou pas, bref. Au début du raid le gars parlait un peu pour rien dire, ce qui était assez agaçant, mais pas très grave. Au bout d'un moment le chef de raid lui a gentillement dit d'arrêter un peu de parler. Evidemment ca n'a servi à rien et le gars à continué à parler et parler, cette fois le chef de raid lui a demandé de ce taire parce qu'il soulait. Le gars a dit « ok c'est bon ca va ba je déco de ts ». Quelques secondes plus tard une personne avec un autre pseudo se connectait sur team speak, et sur le canal de raid sur le jeu, donc par écrit, le gars disait qu'il écoutait de la musique maintenant, donc en faisant croire que ce n'était pas lui qui s'était aussitôt reconnecté avec un faux nom sur team speak... Quelques minutes plus tard le gars recommençait à dire de la merde et à faire des bruits d'animaux et de gueuler sur les gens quand quelque chose n'allait pas. Beaucoup n'avaient pas compris que c'était la même personne, car sur 25 personnes on s'y perd facilement. Le pire c'est que pendant les explications écrites ou parlées sur une stratégie pas évidente il embrouillait tout le monde en disant le contraire de ce qui avait été dit, et par écrit il disait « mais c'est qui ce gars qui dit n'importe quoi sur team speak » pour embrouiller encore plus. Voilà le type de personne qu'on peut rencontrer sur ce jeu, des gens qui prennent plaisir à pourrir un raid pendant toute une soirée. Ca m'a vite énervé et j'ai demandé qu'on le kick de ts et du raid, mais il continuait à dire que c'était pas lui sur le jeu etc. Il a fallu beaucoup de wipe (de morts sur un gros monstre à cause de lui) avant que le chef de raid finisse par comprendre que c'était lui, à ce stade l'ambiance était déjà complètement pourrie et ça gueulait de partout pour les gens se calment et que l'autre se taise. Il a finalement été kick du raid, l'ambiance est tout de suite redevenue plus calme, et il a fallu prendre du temps pour retrouver des gens motivés, car beaucoup étaient partis. Finalement lorsque l'effectif était enfin rétabli, on est retourné sur un gros monstre pas beau, et là 2 personnes arrivent sur team speak et font un affreux bruit de flute pour casser les oreilles de tout le monde, quand ce genre de truc arrive en plein combat il faut que le chef de raid réouvre rapidement la fenêtre de team speak pour kick les attardés, le temps de faire ça on était déjà tous morts. Cette anecdote est pas la première, tout le monde a déjà vécu ça en raid. C'est pour ça que des guildes se créent avec des gens de confiance pour avancer dans la bonne humeur. Mine de rien c'est vraiment intéressant de constater que la société sur un jeu ou passent des milliers de personnes ressemble évidemment à la société en général. Des gens qui profitent des autres, des gens qui essaient de lutter contre ceux qui profitent des autres, en vain, des gens matures et immatures, des chefs et des moutons, des psycopathes et des gens qui aiment pourrir les raid, flooder les canaux que tout le monde lit. Y'a des rumeurs, des conflits entre groupes de gens, des plaintes envers les autres ou envers le jeu. La seule chose qu'on ne verra jamais, c'est de la politique, même toute allusion à la réalité est rare. La seule allusion à la réalité est le fait que les gens aiment insulter ceux qui ont accomplit des exploits fastidieux en leur disant qu'ils ont pas de vie en dehors du jeu.
Je crois que ça me soûle ce parler de ce quotidien, je ferais bien d'arrêter.
Tout à l'heure, j'étais sur team speak avec mon ancienne gm Ayl. avec qui j'avais sympathisé et 3 autres personnes, c'est à ce moment que j'ai appris que ma future guilde allait disband. Soudain Ayl. s'est déconnecté en me disant qu'elle avait un gros problème. Un peu plus tard je reçois un appel sur mon portable. Elle était en train de pleurer et m'explique que ça se passe pas bien avec son copain, ils s'étaient engueulés. Ce genre de situation ne me dérange pas vraiment, jsuis assez content quand j'arrive à rassurer quelqu'un. Et puis... j'aime entendre les gens pleurer. Non pas que ce soit sadique (je crois pas), mais c'est un moment de vérité. Quelqu'un qui pleure est enfin honnête. Il suffit de pas grand chose pour rassurer, à 80% écouter, le reste en mots justes et en conseils bienveillants, et puis ca va mieux. « C'est ça la vie à deux » jlui ai dit, j'avais un sourire en coin en disant ça. Non jsuis pas heureux seul, mais je me demande à quel point une vie à deux pourrait être pire. Ils s'étaient engueulés pour une connerie évidemment, alors jlui disais « Mais quand ce sera passé il faut que t'essaie de parler avec ton copain, sinon vous allez encore vous engueuler pour la même chose la prochaine fois », et elle me disait que c'est pas possible de parler sérieusement avec lui. Les gens se parlent pas, et pire : n'écoutent pas quand on veut leur parler. Question de fierté souvent, ça peut se comprendre. Moi je ne parle qu'à moi, alors ma fierté n'entre pas en compte. J'en reviens à ça : je vis dans mon monde, je n'engage personne, alors il n'existe pas de conflit.
