23 avril 2009
Nouvelle semaine passée chez mes cousins.
C'était une semaine différente, j'étais moins déboussolé par le « retour aux racines familiales ». J'ai eu l'occasion de voir mon autre tante et d'autres gens. J'ai découvert quelques trucs, assisté à des scènes de vie, et lu un petit bouquin. Un récit de la vie d'un gosse qui est né dans l'ultra violence et qui a grandi dans un monde de haine, et qui, après avoir commencé une psychothérapie vers 25 ans s'est mis à raconter cette vie à l'auteur du livre. J'ai vécu une fois de plus dans un contexte différent, sans le malaise qui habite chez moi. Je me suis présenté tel que je suis à des gens qui me reconnaissent. Ces différents éléments ont agis sur moi, et à mon retour aujourd'hui c'est comme si ma vie et ma situation étaient justifiées. Au delà d'une simple confiance en moi, je ne me sens plus culpabilisé par ma situation, enfin un peu moins. Personne, et surtout pas mes parents, n'a jamais été là pour me dire que ce passage à vide n'était pas grave. Ca fait plus d'1 an maintenant que j'ai arrêté la fac, en janvier, et que je ne fais plus rien, ne sachant pas du tout où je vais, et j'avais peur, atrocement peur, avec ce sentiment d'être un intrus chez moi. Ne plus apparaître le jour, non seulement pour ne pas croiser ces parents repoussants, mais aussi pour me faire illusoirement oublier, ne pas faire de bruit la nuit en descendant les marches et ne pas laisser de traces dans la cuisine une fois que je remonte. Ne rien dépenser d'autre qu'un abonnement à WoW payé par les quelques sous accumulés lors des anniversaire, Noël ou autre billet glissé dans la main par la mamie quand je la vois à contre-cœur. Un jour j'ai du aller à un rendez-vous à la banque, et ma conseillère croyait que j'avais ouvert un compte dans une autre banque puisque je n'avais aucun dépôt ni aucun retrait depuis l'ouverture du mien, j'ai du lui expliquer que quand on ne gagne rien, on ne dépense rien. Depuis 1 an, je vis devant ce pc. Je n'arrive pas à lire, quand j'essaie, je me retrouve sur mon lit, avec un gros paquet de pages dans les mains, je commence à lire la première en essayant de me concentrer, et j'entends ce silence. Le silence du temps qui passe lentement, laborieusement. Le plaisir de lire passe par l'effort de la concentration, lire c'est gagner son temps, et moi j'ai envie de rester hors du temps. C'est pour ça que je fixe un écran, que je joue à un jeu sans but, j'aurais aussi bien pu boire ou me droguer. Cette semaine que j'ai passé ailleurs, comme la dernière fois, j'ai réussi à lire parce que je vivais, je gagnais mon temps, j'aurais aussi bien pu faire de la musique ou suivre un cours. Le récit du gamin violent m'a beaucoup touché, parce que beaucoup d'éléments m'ont renvoyé à ma propre enfance. Le déroulement, ou plutôt le déchaînement de son enfance est tout ce qu'il y a de plus logique, parents alcooliques et violents, famille éclatée, scolarité désastreuse, délinquance, incapacité à aimer, errance, violence, errance, violence, contre celle des autorités de toute sorte qui pensaient (y croyaient-elles vraiment ?) soigner le mal par le mal. Ma vie n'a heureusement pas été aussi extrême, mais la violence je l'ai connue. La folie d'un couple raté, les névroses de ma mère contre la puérilité de mon père, les cris contre les coups, les tentatives de suicide contre le silence glacé. Moi j'ai toujours vécu dans une maison, une cage à fou, mais avec un toit et une chambre à moi. Lui à l'âge de 15 ans vivait entre un foyer et la rue, il se droguait, volait, cognait, et aujourd'hui il est toujours vivant, il se soigne, il se construit. Non évidemment quand il était à la rue dans le néant, il ne croyait à aucun futur, ni même à un présent, mais finalement il est toujours là, il vit. Alors je me suis demandé ce que j'étais à côté de ça, et si j'avais à avoir peur de la situation dans laquelle je me trouve actuellement.
Je suis rentré et j'ai retrouvé ma solitude calme, qui me manquait et dont je sature déjà. Je ne sais pas ce qu'il me faut, j'ai jamais su. Quand je suis entouré, je suis heureux, un jour, deux jours, une semaine, mais après j'ai besoin de me retrouver seul, un besoin absolu sans quoi je dois fuir. Et quand je me retrouve seul, je me morfond, et j'ai envie de voir d'autres personnes que celles que je viens de fuir. Ca a toujours été comme ça, et il est vrai qu'il est difficile d'avoir de vrais amis dans ces conditions.
